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Chefs-d’œuvre du Guggenheim : de Manet à Picasso, la collection Thannhauser

Même découverte à travers le prisme muséal, une collection privée secrète le plus souvent un parfum d’intimité que l’on se plait à humer. C’est le cas de la collection Thannhauser, constituée de père en fils depuis le début du 20ème siècle et léguée, faute de descendants, au musée Guggenheim de New York. Soixante-quinze toiles y sont entrées en 1978, et 12 les y ont rejointes avant la fin du 20ème siècle, apportant une touche impressionniste et postimpressionniste à une collection jusque-là centrée sur l’art abstrait.
Heinrich Thannhauser (1859–1935) et son fils Justin (1892–1976), de nationalité allemande, ont su promouvoir, malgré les soubresauts de l’histoire, les artistes européens de l’avant-garde. Leur première galerie s’ouvre à Munich en 1909 avec un accrochage de 55 œuvres. Les photos sont là pour l’illustrer. Y figuraient les portraits féminins, frais et gais, de Renoir ou Manet (Devant la glace, 1873), des paysages et une nature morte de Cézanne (Assiette de pêches, c. 1879-80). À Munich, seront aussi exposés les toiles du Blau Reiter, qualifiées par la critique “d’absurdités de fous incurables”, et des toiles aussi cosmopolites et innovatrices que celles de Paul Klee, Henri Rousseau (Les joueurs de football, 1908) et Robert Delaunay. À Berlin, capitale de la République de Weimar, règne une effervescence innovatrice dans les arts quand s’ouvre la nouvelle galerie des Thannhauser en 1927. Père et fils y exposent le magnifique Montagne à St. Rémy, 1889, peint par Van Gogh durant son internement, un paysage puissant et solide devenu tourmenté sous le pinceau déstabilisé de l’artiste, puis plus de 200 œuvres de Gauguin, dont ne figure sur les cimaises aixoises qu’une de ses premières toiles datant de son installation dans un village de Tahiti en 1891 (Haere Mai, 1891). Si les couleurs sont bien exotiques, on ne sent pas encore l’atmosphère de primitive sérénité de ses toiles futures. Le nombre d’œuvres exposées est impressionnant. Après l’exposition Gauguin, Justin expose à Berlin plus de 200 toiles, sculptures, et dessins de Matisse ! Hélas, la galerie ferme ses portes en 1937 et Justin s’installe à Paris.
Picasso tient une place toute particulière dans la collection. Exposé en 1913 par le père, il devient ami du fils, qui dès lors, s’intéresse à l’art moderne et consolide son réseau d’artistes et de marchands européens. Lorsque Justin décide de s’installer à New York en 1941, fuyant un Paris occupé, il n’ouvre pas de galerie mais continue à acquérir des œuvres et à conseiller galeries et musées. Il y invite Picasso qui lui offrira lors de son second mariage, Le Homard et le Chat, 1965, fausse nature morte ravivée par l’agressivité du chat. Trente de ses œuvres entreront au Guggenheim, dont les trois portraits finaux de l’exposition, inspirés par ses épouses successives : Fernande, monochrome de 1905 où la touche du pinceau s’est affranchie de la ligne dessinée ; Olga, peinte en 1922, dans un style sculptural antique, et bien sûr, Marie Thérèse, aux cheveux blonds, peinte en 1931, toute en courbes et aplats de couleurs.
Une exposition dont l’on sort charmé et surtout passionné par la saga familiale que l’on vit par procuration par la grâce des tableaux, certains revenus dans la région de leur création, et dont l’on sent intuitivement qu’ils furent acquis, aimés, puis partagés avec ceux qui sauraient les apprécier. Si vous les manquez à Aix cet été, il vous faudra vous rendre au Palazzo Reale de Milan où ils finiront leur tournée européenne.
Elisabeth Hopkins

Du 1er mai au 29 septembre 2019
Hôtel de Caumont – Centre d’Art
3, rue Joseph Cabassol
13100 Aix-en-Provence
Ouvert tous les jours, sans exception, de 10h à 19h
Entrée : 14 €
www.caumont-centredart.com
 
Visuels : Vincent van Gogh, Montagnes à Saint-Rémy, Saint-Rémy-de-Provence, juillet 1889. Huile sur toile, 72,8 ´ 92 cm. Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.24.
Paul Gauguin, Haere Mai, 1891. Huile sur toile de jute, 72,5 ´ 92 cm. Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.16.
Pablo Picasso, Le Homard et le chat, Mougins, 11 janvier 1965. Huile et peinture laque sur toile, 73 x 92,1 cm. Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, legs Hilde Thannhauser, 91.3916 © Succession Picasso 2018