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Christian Boltanski. Faire son temps

Bouille ronde et sourire mutin, tout de noir vêtu, Christian Boltanski (né en 1944), est à l’entrée de la deuxième exposition que lui consacre le Centre Pompidou (35 ans après la première en 1984), face à son visage, à différents âges, projeté en boucle sur un rideau de perles de plastique (Entre-temps, 2003). La cinquantaine d’œuvres ne forme qu’une seule œuvre, précise-t-il. Ce qui se veut une métaphore sur le cycle de la vie humaine, un labyrinthe du souvenir et de l’oubli fait appel à la photo (des centaines de visages), la vidéo et les installations.
Entre la vidéo peu ragoûtante qu’il amusait Boltanski de tourner avec son frère, (L’homme qui tousse, 1969), œuvre de jeunesse qu’on oubliera vite, et les grandes vidéos méditatives à la fin du parcours, on est confronté à la lutte de l’artiste contre l’oubli, à sa propre mémoire, et à la mémoire collective. Boltanski possède l’esprit et l’organisation d’un archiviste. Il archive les battements de cœur de ceux qui s’y prêtent, représentés ici par une ampoule dont la lumière pulse au rythme de ces battements (Cœur, 2005). Il archive sa correspondance, ou encore des photos d’une famille qui n’est pas la sienne, photos banales qui illustrent la fuite d’un temps marqué par les évènements non moins banals d’une vie de famille (Album de photographies de la famille D., 1939-1964). D’autres photos de visages inconnus sont reproduites sur des voiles blancs, ou masquées par un tissu noir qu’un ventilateur soulève suffisamment pour qu’on devine le visage d’un cadavre. Pour Monuments ou Autels, la lumière devient partie de l’œuvre, chaque photo “porte” sa propre lumière, un lumignon braqué sur le visage photographié, comme dans une scène d’interrogatoire.
À partir de 1990, Boltanski pioche dans les notices nécrologiques suisses des visages inconnus qu’il regroupe en diverses installations. Le thème, nous dit la notice, en est la vanité. Réserve : Les Suisses morts, 1991, offre, devant la large baie offrant une vue panoramique de Paris, des empilements verticaux et fragiles de boites marquées par une photo. Une cité de gratte-ciels instables, dont les habitants ne résistent à l’oubli qu’à travers une mini-photo.
La vision de Boltanski est sombre, il ne nous épargne ni des tombeaux inspirés de monuments funéraires de la Basilique San Francesco de Bologne, Italie (Les Tombeaux, 1996), ni la pyramide de vêtements noirs de mineurs belges (Le Terril Grand-Hornu, 2015), format récurrent chez lui, ni un Crépuscule, 2015, lumineux pour ce premier jour d’exposition mais dont les ampoules jonchant le sol s’éteindront l’une après l’autre au fil des jours. Deux vastes écrans clairs encadrent la sortie : des captures vidéo d’installations dans le désert chilien de clochettes japonaises sonnant “la musique des âmes” (Animitas Chili, 2014). Un moment méditatif lumineux bienvenu.
La scénographie très carrée et sombrement esthétisante pourra rendre difficile de s’identifier à ce voyage mémoriel très répétitif. “Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir”, chantait Johnny.
Elisabeth Hopkins
Visuels : Boltanski, Crépuscule, 2015. Ampoules, douilles, fils électriques noirs, dimensions variables. Archives Christian Boltanski. Photo © Joana França © Adagp, Paris, 2019. (Chaque jour une des nombreuses ampoules, composant l’installation s’éteint. Le temps d’une exposition, la pièce, qui est au début très éclairée, devient à la fin complètement sombre. Une réflexion sur l’avancée du temps et sur la précarité de l’existence).
Boltanski, Animitas Chili, 2014. Vidéoprojection avec son. Format 16/9, durée : 13 h. 16 sec., foin, fleurs. Archives Christian Boltanski. Photo ©Francisco, Rios Anderson © Adagp, Paris, 2019. (Lors d’une exposition à Santiago du Chili, Boltanski a l’occasion de visiter le désert d’Atacama, lieu historiquement chargé, occupé par un camp de concentration voulu par Pinochet. Le titre de cette série d’œuvres vient du nom donné par les Chiliens aux autels religieux édifiés au bord des routes, là où il y a eu un accident. Boltanski veut ainsi évoquer la présence des morts qui nous entourent).
Boltanski, novembre 2019, Centre Pompidou. Photo E.H.

Du 13 novembre 2019 au 16 mars 2020
Centre Pompidou - 75191 Paris
Ouvert tous les jours sauf le mardi
De11h à 21h
Nocturne le jeudi jusqu’à 23 h
Entrée : 14 €
www.centrepompidou.fr