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Egon Schiele. Un artiste à vif

Dans la Vienne des années 1910, malgré l’élan de renouveau artistique apporté par la Sécession viennoise, Egon Schiele (1890-1918) est un artiste qui fait scandale. Dessinateur virtuose entré à seize ans à l’Académie des Beaux-Arts, soutenu par Gustav Klimt, il prend vite ses distances avec sa ligne ornementale et choque la bonne société de cette fin d’Empire austro-hongrois avec ses corps nus, souvent très jeunes, désarticulés, proche du déséquilibre, ses poses érotiques audacieuses. Des compositions parfois proches de la morbidité (Nu masculin assis, vu de dos, 1910). En 1912, il est même condamné et incarcéré pour immoralité et détournement de mineure (charge ensuite abandonnée).
Il n’empêche, poussé par sa fureur de vivre et de créer, Schiele l’indomptable écrit que « celui qui n’est pas assoiffé d’art est proche de la dégénérescence », et multiplie ses nus à l’expressionnisme âpre. Les formes sont cernées de noir, les traits sont nerveux, anguleux, le ton rose pâle du papier lui sert de couleur pour le grain de la peau, juste rehaussé de quelques touches de rouge et de vert. Les portraits et nombreux autoportraits (Schiele est obsédé par son visage) sont tracés avec la même technique : un trait soutenu de crayon ou de fusain construit la forme, le visage est souligné de vives touches d’aquarelle. Essentiellement sur papier, ou sur toile souvent brute, laissée en réserve, Schiele ne cesse d’explorer les relations entre le corps et l’âme et traduit sur les visages les interrogations et turbulences intérieures, les siennes surtout, (Autoportrait, 1912 ; Autoportrait, 1914). Chaque regard semble à la fois pénétrer le moi profond de Schiele, et nous toiser.
Avec la même tension dans le trait, il peint (de mémoire) des paysages mélancoliques, telle cette vue de Krumau sur la Vitava, 1914, aux vieilles maisons, serrées les unes contre les autres. Exécutée trois mois avant la guerre, Soleil d’automne, 1914, est une nature morte aux tournesols fanés, une peinture triste et prémonitoire, au seuil du conflit mondial qui va embraser l’Europe. Après son mariage en 1915, la peinture de Schiele semble s’adoucir, les formes s’arrondir (Nu debout, avec un tissu, 1917). Le 6 février 1918, Klimt décède et Schiele exécute son portrait sur son lit de mort. Huit mois plus tard, le 31 octobre, c’est lui qui meurt, à 28 ans, emporté par la grippe espagnole. Météore de l’art, comme Basquiat soixante-dix plus tard, Egon Schiele a explosé en plein vol après avoir réalisé en dix ans quelque trois cents peintures et 3000 œuvres sur papier.
À l’occasion du centenaire de la mort de l’artiste, la Fondation Vuitton réunit une centaine de dessins, gouaches et peintures, dont des œuvres majeures comme l’Autoportrait au coqueret, 1912, emprunté au Leopold Museum (Vienne), Femme enceinte et Mort, 1911, de la Národní galerie (Prague), ou le Portrait de l’épouse de l’artiste assise (Edith Schiele), tenant sa jambe gauche, 1917, de la Morgan Library & Museum (New-York). Des œuvres qui résonnent encore aujourd’hui avec la même force tumultueuse.
Catherine Rigollet
- À voir aussi à la Fondation Vuitton, jusqu’au 14 janvier 2019 : Rétrospective Jean-Michel Basquiat (article à venir)
Visuels : Egon Schiele, Autoportrait au coqueret, 1912 (Self-Portrait with Chinese Lantern Plant). Huile et gouache sur bois. 32,2 x 39,8 cm. Leopold museum, Vienne.
Egon Schiele, Nu masculin assis, vu de dos, 1910. Aquarelle, gouache et crayon gras sur papier, 43,8 x 31,1 cm. Neue Galerie New York. Don de la Serge and Vally Sabarsky Foundation, Inc.
Egon Schiele, Nu debout avec un tissu, 1917. Gouache et crayon gras sur papier chamois. 45,9 x 29,3 cm. National Gallery of art, Washington. Don de la Robert and Mary M. Looker Family Collection, 2018.
Photos : L’Agora des Arts, 2 octobre 2018.

Du 3 octobre 2018 au 14 janvier 2019
Fondation Louis Vuitton
8, avenue du Mahatma Gandhi, Bois de Boulogne
Lundi, mercredi et jeudi, 11h-20h
Vendredi, 11h-21h
Samedi et dimanche, 9h-21h
Nocturne jusqu’à 23h le 1er vendredi du mois
Fermé le mardi
Tarif plein : 16 €
www.fondationlouisvuitton.fr