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Gerhard Richter. De la peinture

L’exposition n’a pas l’ampleur de celles de la Fondation Beyeler en 2014 et du Centre Pompidou en 2012. Mais elle a le mérite, en 25 œuvres, de tenter d’expliquer comment le peintre allemand (né en 1932, travaille à Cologne) conçoit la peinture, comment il précise au fil des années son idiome pictural, entre abstraction et figuration et comment il questionne le rôle ambigu de la peinture dans la représentation de la réalité, avec, par exemple, Rideau, 1965, une toile ambivalente en ce qu’elle représente la réalité d’une tenture et masque en même temps une autre réalité. Dans un échange avec Nicholas Serota, alors directeur de la Tate londonienne, Gerhard Richter disait : « il faut que la peinture reste quelque peu incompréhensible ».
En deux salles, chacune occupée au centre par une sculpture de 4 ou 7 panneaux de verre qui offrent transparence et reflets (autres versions de la réalité), on peut voir les premières œuvres des années 60 et 70 et les toutes dernières œuvres de Richter. Dans la première, du gris et du blanc, deux couleurs bien dans l’époque : la télévision est en noir et blanc jusqu’en 1967 et la photo couleur ne se répandra chez les amateurs que dans les années 70. Deux couleurs qui permettent qu’une fenêtre devienne une abstraction (Window Grid, 1968), qu’un tuyau peint de gris devienne sculpture. Grise encore, une chaise inspirée par une photo. Richter reconnaitra vite les limites de cette inspiration, qui lui permit néanmoins de poétiques créations en couleurs, – on en voit ici plusieurs exemples, dont Torso, 1977, mélancolique portrait de sa femme – dont le flou contient, disait-il, beaucoup plus de choses qu’un tableau peint avec netteté.
Toujours grise, la série des Silicate, 2003. Il faut lire l’explication très technique pour comprendre (ou pas) que ce sont des peintures floues et très agrandies des structures de silice qui permettent de distinguer les couleurs sur les ailes des papillons, phénomène scientifique qui captiva un temps le peintre. La réalité se cache sous l’abstraction qui confronte notre regard.
Mais la couleur reprend ses droits avec une série de huit Abstraktes Bild, 2017. Richter s’en donne à cœur joie pour peindre épais, puis brosser, racler au couteau, exposer les couches inférieures, en laissant le hasard agir. D’où des compositions abstraites, éclosions de couleurs, que le regardeur peut interpréter à loisir comme des représentations d’un paysage, d’une ville… ce que ne lui permet pas Strip, 2013-2016, monumentale impression digitale de bandes de couleurs qui laisse plutôt indifférent.
Même avec quelques toiles, ce jeune peintre de 85 ans – l’exposition est une célébration de cet anniversaire– ne cesse de nous séduire. Ses dernières toiles nous ramènent à ses meilleures périodes. Et on en redemande !
Elisabeth Hopkins
Visuels : Gerhard Richter, Abstraktes Bild, 2016. Öl auf Leinwand, 175 x 250 cm. Privatsammlung.
Gerhard Richter, 4 Glasscheiben, 1967, ca. 375 x 500 cm. Glas und Eisen. ©Herbert Foundation, Gent.

Du 21 octobre 20017 au 28 février 2018
S.M.A.K
Jan Hoetplein 1,
9000 Gand, Belgique
Du mardi au vendredi, de 9h30 à 17h30
Les samedis, dimanches, jours fériés et vacances scolaires : de 10h à 18h
Fermé les 24, 25, 26 et 31 déc 2017, 1 et 2 janv 2018
Entrée : 12 euros
www.smak.be