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Henri de Toulouse-Lautrec. Résolument moderne

Il ne mesure qu’1m52 et marche avec une canne, mais son handicap ne l’empêchera pas de mordre la vie à pleines dents, et de la croquer sur papier ou toile d’un crayon ou d’un pinceau alertes. Si Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) arrête de grandir avant l’âge de 15 ans, il n’attend pas pour poser les couleurs sur le papier. Ce passe-temps, croquis et aquarelles, devient vite sa raison de vivre. Des chevaux et des paysages clairement influencés par l’impressionnisme. Monté à Paris avec sa famille, il rejoint des ateliers, rencontre des peintres connus (E. Bernard, Van Gogh) ou moins connus aujourd’hui (Anquetin, Grenier).
A 20 ans, logé à Montmartre, il commence à fréquenter le cabaret Le Chat Noir, la salle de danse du Moulin de la Galette, et l’Élysée Montmartre dont il peindra les danseurs et où il exposera ses tableaux. Alors que le Groupe des XX bruxellois l’a déjà inclus dans ses expositions, la première galerie française ne n’accrochera ses œuvres sur ses cimaises qu’en 1893. Il rencontre alors ceux qui partageront ses virées nocturnes dans les bordels et cabarets, Tristan Bernard et Romain Coolus. Il contribue à la Revue Blanche des frères Natanson, fréquente les lieux de boissons, et dans les dernières années du siècle a des crises répétées dues à l’alcool qui l’envoient dans une clinique de Neuilly pour quelques mois. Il y fera de mémoire une série de scènes de cirque (Au Cirque, 1899). Le 20e siècle vient de naître, il peint sa dernière œuvre (Examen à la faculté de Médecine de Paris, 1901), expose à Bordeaux et l’année suivante, avant sa mort, détruit certaines toiles.
Jouisseur de la vie, Lautrec, formé dans les ateliers, veut “faire vrai et non pas idéal”, oublieux du marché de l’art, libéré des valeurs de son milieu aristocratique d’origine. À lui le monde interlope de la nuit. Il privilégie la toile autant que l’affiche ou l’estampe. Ses portraits de ceux qui paradent sur les Grands Boulevards (Le docteur Tapié de Céleyran, 1893-94) laissent place à une observation minutieuse des lieux de plaisir qu’il fréquente, où, toutes classes sociales confondues, on danse, boit et s’accouple. Nul jugement moral, ni voyeurisme mais une réelle causticité dans son approche narrative teintée d’’une certaine tendresse (Au salon de la rue des Moulins, 1894). Lorsqu’il s’éloigne de ces thèmes, sa ligne nerveuse mais contrôlée excelle à traduire la dynamique du mouvement, humain comme animal (les chevaux), ou de la machine (la bicyclette ou l’automobile), et la symbiose visuelle de l’espace et du temps.
Maintes œuvres nous sont familières : scènes de cabaret (Moulin Rouge, La Goulue et Valentin le désossé, 1891), portraits d’Aristide Bruant à l’écharpe rouge (qui a fait des émules), affiches créées après que Lautrec a appris la lithographie. Il se révèle alors un publiciste avant l’heure. Les collectionneurs arrachent des murs son affiche pour le bal du Moulin-Rouge de 1896 et les commandes affluent. Il n’a plus que 5 ans à vivre. On ne trouvera pas de grande surprise dans les quelque 200 œuvres exposées, mais on y fera une agréable plongée dans une époque révolue et dans un microcosme dont on enviera le talent d’avoir su si joyeusement s’encanailler !
Elisabeth Hopkins

Du 9 octobre au 27 janvier 2020
Galeries Nationales du Grand Palais
Square Jean Perrin - 75008 Paris
Ouvert tous les jours, de 10h à 20h, sauf le mardi.
Nocturnes mercredi, vendredi et samedi jusqu’à 22h.
Entrée : 15 €
www.grandpalais.fr



Visuels : Henri de Toulouse-Lautrec, Le Divan, vers 1893, huile sur carton, 54 x 69 cm, São Paulo, Musée d’art de Sao Paulo. Henri de Toulouse-Lautrec, Femme qui tire son bas, 1894. Huile sur carton. 68 x 43 cm. Albi, musée Toulouse-Lautrec.