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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Impression(s), soleil

lundi 11 septembre 2017

Du 10 septembre au 8 octobre 2017
MuMa (Musée d’art moderne André Malraux)-Le Havre
2, boulevard Clémenceau
Du mardi au dimanche, de 7h30 à 20h30
Plein tarif : 10 €
02 35 19 62 62
muma-lehavre.fr

 

Visuels : Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872, huile sur toile, 50 x 65 cm, Paris, musée Marmottan Monet, don Victorine et Eugène Donop de Monchy, 1940, © Bridgeman Images.
Joseph Mallord William Turner, Le Havre : Tour François 1er, pour Turner’s Annual Tour, 1834, vers 1832, gouache et aquarelle sur papier bleu, 14 x 19,2 cm, Londres, Tate : accepté par la Nation dans le cadre du legs Turner, 1856,© Tate, Londres, 2017
Félix Vallotton, Coucher de soleil, brume jaune et gris, 1913, huile sur toile, 55,5 x 97 cm, collection particulière, © Fondation Félix Vallotton, Lausanne / Pascal Hegner.
Raoul Dufy, La Plage à Sainte-Adresse, vers 1935-1945, Huile sur toile, 58,5 x 72 cm, Nice, musée des Beaux-Arts Jules Chéret, © Ville de Nice, musée des Beaux Arts Jules Chéret / Muriel Anssens, ©Adagp, Paris, 2017.

145 ans après y avoir été peint, le célèbre tableau de Monet, « Impression, soleil levant » revient au Havre durant un petit mois. Entourée d’autres œuvres du maître impressionniste, cette icône de l’art mondial est aussi le point de départ d’un parcours sensible et sensé parmi les « impressions » de cinq autres grands artistes liés au port normand.

Pour une fois que l’expression n’est pas galvaudée, il faut vraiment se précipiter à l’exposition « Impression(s), Soleil » qui ne dure que quatre semaines, la courte période pendant laquelle le musée Marmottan Monet, dont elle constitue l’inestimable fleuron de la collection, a bien voulu prêté au MuMa (Musée d’art moderne André-Malraux du Havre) le tableau emblématique de Monet Impression, soleil levant, cette toile qui, un peu par hasard, donna son nom à l’impressionnisme. Parmi les plus célèbres de l’art mondial, ce tableau revient à quelques encablures d’où il a été peint par Claude Monet (1840-1926) un matin de novembre 1872 d’une chambre de l’hôtel de l’Amirauté sur le Grand Quai, aujourd’hui quai de Southampton au bout duquel se dresse désormais le MuMa… Afin de se jouer finement de cette contrainte de durée et de se hausser au niveau de l’événement, qui ponctue aussi les célébrations du cinq-centième anniversaire de la ville, le MuMa a décidé d’ouvrir ses portes le temps de l’exposition du lever au coucher du soleil !

Au-delà d’un prêt exceptionnel, on sent l’émotion qui habite Annette Haudiquet, conservateur du MuMa et cheville ouvrière de l’exposition et du passionnant catalogue qui l’accompagne (éd. Somogy Éditions d’art/MuMa, 29 €), de donner à voir cette œuvre dans « sa lumière unique ». « Ce retour, précise-t-elle, permet de remettre en perspective ce tableau sur le territoire qui l’a vu naître parmi d’autres œuvres de Monet et d’autres artistes motivés par Le Havre. Cette ville a été inspirante ! » « Que faire autour d’une œuvre dont on a tout dit ? Qu’est-ce qu’une impression ? », ajoute-t-elle (*). Justement brève dans son parcours (34 tableaux et photos et une œuvre vidéo originale) et intelligemment conçue, la visite commence par un espace de contextualisation qui montre Le Havre au temps de Monet, à travers photos et plans, sous ses aspects de port industriel et de station balnéaire, deux thèmes artistiques modernes à l’époque.

Impression, soleil levant occupe évidemment une place centrale au cœur de ce musée de verre et d’acier. Seul au centre d’une structure spécialement dédiée qui le magnifie sans l’écraser, le tableau emblématique, de dimension modeste somme toute (50 x 65 cm), profite de la lumière changeante qui filtre de la baie vitrée donnant sur le large avec, dans cette perspective, la monumentale sculpture en béton de Henri-Georges Adam, Le Signal, posée sur l’esplanade du musée et qui semble lui faire de l’œil ! Deux autres tableaux de Monet, propriétés du MuMa, Soleil d’hiver, Lavacourt et Le Parlement de Londres, effet de brouillard, montrent la quête permanente du peintre tout au long de sa vie pour restituer la lumière et l’évolution également constante de sa manière de la restituer.
Les espaces suivants sont consacrés aux cinq artistes qui entrent en correspondance avec l’ « Impression » de Monet, chacun avec sa liberté de style. Avec les six huiles et aquarelles de Turner (1775-1851), dont Monet découvre les œuvres à Londres lors de son séjour d’exil quelques mois avant de peindre « Impression », l’exposition signale l’influence qu’eurent les scènes de port de Claude Lorrain sur le peintre anglais, suggérant une filiation entre les trois artistes. Turner réalisa aussi des gravures du port du Havre. Les photos très travaillées de Gustave Le Gray (1820-1884), issues de l’assemblage de deux négatifs (l’un pour le ciel, l’autre pour la mer), idéalisent des paysages comme le ferait un peintre. Maître de Monet du temps de sa jeunesse au Havre, Eugène Boudin (1824-1898) est représenté à la fois par des tableaux très composés de vues du port du Havre et par des études de ciel et de mer à peine esquissées. Les deux tableaux de Félix Vallotton (1865-1925), exceptionnellement sortis de collections particulières, rappellent que le peintre suisse travailla souvent en Normandie. Son Coucher de soleil, brume jaune et gris est sans conteste une des plus belles œuvres exposées dans sa puissante audace chromatique, même s’il s’agit d’une retranscription du réel peaufinée en atelier à partir de notes et d’esquisses in situ. Avec les neuf toiles du Havrais Raoul Dufy (1877-1953), on passe d’une peinture presque militante (Fin de journée au Havre, 1901) à deux œuvres très colorées de sa période fauve (1906) puis à un Cargo noir de la fin des années quarante, œuvre sombre où le soleil a disparu peut-être de l’avoir trop regardé mais peut-être aussi d’avoir été enseveli avec la ville lourdement bombardée à la fin de la guerre…

Avec cette exposition, le soleil se lève à nouveau au Havre et magnifie une floraison artistique dans laquelle le visiteur ne manquera pas de s’évader et de se questionner sur la représentation de la lumière, de la couleur, du paysage, des limites de la mer et du ciel, sur la peinture rapide sur le sujet ou la plus lente recomposition en atelier. Bref, une exposition où se précipiter mais à savourer tranquillement…

Jean-Michel Masqué

(*) L’histoire du tableau a été il y a peu abondamment illustrée et documentée à l’occasion de l’exposition de 2014 à Marmottan, « Impression, soleil levant. L’histoire vraie du chef-d’œuvre de Claude Monet. »