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La galerie de l'Agora des arts

Julie Gauthron-Plasticienne

Elle travaille dans le vide, sans filet, avec juste un fil de fer qu’elle déroule, tend, tord, noue avec dextérité et vitesse dessinant dans l’espace en quelques minutes les corps nus qui posent devant elle. Malgré le vide, l’absence de matière, on devine la chair et la pesanteur des corps. Telle une calligraphe traçant des pleins et des déliés avec son pinceau ou son calame, Julie Gauthron joue avec plusieurs grosseurs de fil pour donner du volume, de la force ou de la légèreté à ses silhouettes, accentuer les rondeurs d’un ventre, renforcer le trait d’un visage. Souvent, elle part d’un œil, puis débobine son fil jusqu’à l’orteil final. Elle coupe très peu, comme pour ne pas rompre le récit ou l’exercice de style, raboute aussi vite les morceaux et continue à plier l’œuvre à ses désirs. Pourtant à peine ébauchés, les visages sont étonnement expressifs, tout comme les corps semblent dynamiques, en mouvement, se dédoublant par l’ombre portée sur le fond clair du mur. Sur les pas de Calder qui croquait en fil de fer Joséphine Baker et Joan Miró, Julie Gauthron s’amuse ainsi à dessiner dans l’espace, faisant hésiter notre regard entre trait et fil, plein et vide, ombre et lumière, force et fragilité.
Découvert il y a cinq ans, le fil de fer est devenu le deuxième crayon de cette designer diplômée de l’Ecole Olivier de Serre. Depuis, elle a créé quelque 400 sculptures, n’hésitant pas à les intégrer dans certaines décorations d’intérieur, comme sur les portes des chambres d’un hôtel parisien qu’elle rénove actuellement et qui ouvrira en septembre. Après Les Ailes du design créée en 2006, elle vient d’ouvrir sa nouvelle agence Exquise esquisse en 2010, un nom qui résume bien le style et l’élégance de cette artiste qui entre sculpture et design ne balance pas ; les deux lui sont indispensables, comme le dessin. Au cours de ses rencontres et de ses voyages, elle noircit des dizaines de carnets de croquis de silhouettes, de visages, de façades d’immeubles ou de bâtiments, comme autant de modèles à faire renaître un jour au fil du fer. Car à la suite d’un récent voyage à New York, elle s’est lancée dans les portraits de villes (toujours en fil de fer), et, influencée par Morellet, s’est laissé tentée par les fils lumineux. Un nouveau défi technique pour une œuvre qui reste figurative, graphique, aérienne et poétique.

Catherine Rigollet (septembre 2011)

Visuel des oeuvres ©J. Gauthron.
Portrait de Julie Gauthron et vidéo ©Lionel Pagès pour l’Agora des arts.