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Kim Chong-hak, "peintre des quatre saisons"

Kim Chong-hak a vécu son épiphanie en 1979. Le peintre coréen (né en 1937 dans l’actuelle Corée du Nord), raconte : « je suis tombé sur une petite fleur qui s’appelle la fleur qui accueille la lune. J’ai commencé à avoir un dialogue avec la nature ». Et le dialogue n’a jamais cessé, comme l’atteste la dizaine de toiles de l’artiste accueillie au musée Guimet.
Après avoir étudié la peinture occidentale, Kim se joint au mouvement coréen Dansaekhwa, une esthétique méditative laissant large place au monochromatisme. Lors d’un séjour newyorkais (1977-1979), il s’essaie à la figure humaine, puis de retour en Corée, s’enfonce seul dans une région isolée, et se consacre à des représentations de la nature, à “une nouvelle figuration fondée sur l’abstraction” dont l’être humain est toujours absent. Ce sont ces œuvres que nous découvrons ici.
La rotonde au plus haut du musée offre un premier contact avec le peintre à travers Sauvagerie Primitive, 2017. Ce polyptyque monumental, peint au sol, ne laisse pas un centimètre vide. On y voit une prairie au cœur de l’été, ses herbes et ses fleurs, et lorsque l’on se laisse prendre à mieux regarder, des insectes, des oisillons attendant leur becquée, des papillons, on découvre un paradis de botaniste et d’entomologiste, naïf et expressionniste, servi par des couleurs primaires, des empâtements donnant du relief aux pétales, et des “mouvements de pinceau pour exprimer l’émotion”.
À un autre niveau, les toiles de Kim Chong-hak, plus anciennes, de taille plus raisonnable, figurent parmi des pièces de mobilier Choson qui lui appartiennent. L’automne, 1992, où blancs, beiges et noirs se mêlent de façon aérienne, ou Herbes folles, 1987, n’ont pas le dynamisme, l’audace, la nouveauté qu’il essaie de donner à sa peinture depuis qu’il a fêté ses 70 ans. Les couleurs sont plus pastel, la touche moins déterminée, mais le résultat est séduisant. On s’arrêtera sur une toile au cadrage inédit comme si le peintre l’avait fait pivoter de 45 degrés avant d’y poser son pinceau, Rivière, 1992, symbolise l’impermanence bouddhique. Monts Seroak en hiver, 2001, est une peinture plus gestuelle, où la couleur est distribuée au pinceau pour des touches plus ou moins fines et au tube pour laisser de sinueuses coulures. Difficile de ne pas penser à Pollock.
Il ne faut surtout pas manquer la vidéo où l’artiste raconte comment, stimulé par Lao Tseu, il sut se “créer un chemin” et enraciner son art dans une nature chaotique et colorée. On est loin de Dansaekhwa, loin de la Corée même, mais voilà une peinture pastorale bienvenue pour les citadins de l’été.
Elisabeth Hopkins
Visuels : Kim Chong-hak, Sauvagerie primitive, (et détail), Corée, 2017, Acrylique sur toile, propriété de l’artiste. Photo E.H.
Kim Chong-hak , Rivière, Corée 1992, Acrylique sur toile, propriété de l’artiste. Photo E.H.

Du 7 juin au 1er octobre 2018
Musée national des arts asiatiques-Guimet
6 Place d’Iéna, 75116 Paris
Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 18h
Entrée : 11,5 € (inclus dans le billet du musée)
www.guimet.fr