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Kupka. Pionnier de l’abstraction

Le peintre tchèque Frantisek Kupka (1871-1957) n’est certainement pas le plus connu des pionniers de l’abstraction, même si ses recherches sont parallèles à celles de Larionov et Malevitch en Russie, et surtout de Mondrian en Hollande. Mais Kupka est certainement celui qui aura le plus expérimenté, parcourant un très long chemin avant l’abstraction. Une abstraction abordée très tôt, dès 1910-1911, dans des représentations de la nature à laquelle cet écologiste avant l’heure (et végétarien) est très lié (Les Touches de piano - Le Lac,1909).
Après l’exaltation du naturalisme (La Vague, 1902), puis du symbolisme (Les Nénuphars, 1900-1902), Kupka arrivé en 1896 à Paris, à l’âge de 25 ans, se laisse tenter par le fauvisme. Ses couleurs se font de plus en plus expressives avec des rouges, des jaunes et des verts éclatants (La Gamme jaune, 1907 ; Le Rouge à lèvres, 1908). Un goût pour la couleur qui ne cessera de dominer son œuvre.
À force de décomposer couleur et mouvement, Kupka parvient à l’illusion d’optique, comme dans ce tableau fondateur, L’Eau (La Baigneuse),1906-1907, où la figure semble diluée dans la couleur. Il tutoie déjà l’abstraction, cette autre réalité, purement picturale. Dans de nouvelles séries très géométrisées, il structure l’espace du tableau par des verticales (Ordonnance sur verticales en jaune, 1913), puis par des cercles et des arcs colorés autour d’un point (Autour d’un point, 1920-1930). Des ressemblances formelles avec l’orphisme (concept trouvé par Apollinaire) de Robert Delaunay.
Ce cheminement complexe de Kupka est réalisé en toute indépendance. L’artiste est un solitaire qui garde ses distances avec les « ismes » et les tendances. C’est aussi un érudit, formé à l’école des beaux-arts de Vienne, initié à la philosophie de Platon et de Nietzsche, grand lecteur de littérature classique, mais aussi d’ouvrages scientifiques, de traités de théosophie et d’occultisme. Un homme en perpétuel quête existentielle et un libre-penseur dont attestent les centaines d’œuvre graphiques réalisées pour la presse satirique et libertaire (L’Assiette au beurre, le Canard sauvage, La Vie en rose) à son arrivée à Paris. Ses charges contre l’argent notamment y sont féroces et d’une incroyable liberté de ton. Et son plaisir de talentueux dessinateur exulte.
Le parcours de l’exposition, qui retrace en 300 œuvres (peintures, dessins, manuscrits, livres illustrés, photographies) toute la carrière de Kupka, permet d’en comprendre les étapes, la richesse et l’originalité. Elle aborde même un épisode moins connu, comme la période dite « machiniste » à la fin des années 1920. Kupka, qui a déménagé de Montmartre à Puteaux, peint des machines observées dans les usines voisines, trouvant qu’elles comportent « les mêmes éléments que dans une cathédrale gothique, les verticales, horizontales, et les cercles y dominent dans les deux, c’est l’ordonnance qui n’est pas la même », écrit-il en 1928. Une ultime reprise en main du réel ?
Catherine Rigollet
Visuels : Kupka, L’Eau (La Baigneuse), 1906-1907, huile sur toile, 63 x 80 cm. Paris Centre Pompidou. Kupka, La Gamme jaune, 1907, huile sur toile. 79 x 79 cm. Centre Pompidou. Kupka, Grand nu. Plans par couleurs, 1909-1910, Solomon R. Guggenheim Museum. New-York. Kupka, Autour d’un point, 1920-1930. Huile sur toile, 194,5 x 200 cm. Centre Pompidou. Photos : L’Agora des arts.

Du 21 mars au 30 juillet 2018
Grand Palais
Tous les jours, sauf le mardi
De 10h à 20h
Nocturne le mercredi jusqu’à 22h
Tarif plein : 14€
www.grandpalais.fr
 
- L’exposition sera présentée à Prague, du 7 septembre 2018 au 20 janvier 2019 puis à Helsinki, du 21 février au 19 mai 2019.