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La Lune. Du voyage réel aux voyages imaginaires

Cinquante ans déjà ! L’homme n’avait jamais posé le pied sur la lune jusqu’à ce 21 juillet 1969 où deux astronautes américains y laissèrent l’empreinte de leur semelle devenue célèbre. Cet événement planétaire, transmis en direct à la télévision, est documenté dans cette exposition par des photos et objets divers (un gant, deux minuscules fragments lunaires, de la nourriture lyophilisée etc…) et illustré avec brio par quelques artistes contemporains : Mircea Cantor immortalise dans un cercle de béton la fameuse empreinte (laissée par Buzz Aldrin et non Neil Armstrong), Stéphane Thidet offre une reproduction d’une capsule Mercury, ébauche du vaisseau de la mission Apollo, pendant que Yinka Shonibare voit déjà une famille entière, non décapitée pour une fois (on se souvient de ses couples décapités dans son Jardin d’Amour au musée du quai Branly en 2007), mais cachée derrière ses casques de scaphandrier, illuminant la lune des couleurs de ses combinaisons en batik.
Poursuivons cette exploration passionnante des fantasmes de l’astre sélénite pour les écrivains et artistes d’hier et d’aujourd’hui. Ponctuée de quelques antiquités (le Voyage dans la Lune de Méliès en 1902, une représentation de la lune au 17ème siècle, des lunettes d’observation, de la littérature fantaisiste ou de science-fiction, y compris les deux opus de Hergé, dont on ne voit hélas que les couvertures), les créations visuelles modernes et contemporaines se succèdent : une photogravure publicitaire facétieuse de Man Ray pour une compagnie de distribution d’électricité (Le Monde, 1931) côtoie un assemblage par Ange Leccia de globes lunaires démultipliés par un miroir (Lunes, 2019), les lunaisons lunatiques en néon de Morellet contrastent avec la sphère noire composite de Kader Attia, symbole possible de la nouvelle lune, donc cachée, ou d’un big bang invisible. Les oniriques caissons lumineux de Leonid Tishkov (Private Moon, 2003-2017) nous portent à espérer que nous aussi, un jour, dans nos pérégrinations, nous rencontrerons un croissant de lune mystérieusement atterri.
La partie principale de l’exposition est consacrée aux versions peintes du thème lunaire. Dans une gouache bleue de Chagall, la lune a forme de poisson (Le Paysage bleu, 1949) ; Le Christ au Mont des Oliviers, n.d., de Gustave Moreau, est plus esquisse que toile accomplie, la lune dramatise la nudité de l’arbre au pied duquel se trouve le Christ. Commentant son œuvre emblématique du conflit mondial, Battle of Germany, 1944, à mi-chemin entre figuration et abstraction, Paul Nash décrit ce qu’il a cherché à peindre : « La ville, à la lumière incertaine de la lune, attend d’être frappée en son coeur ».
Que l’imagination laisse de la place à la poésie ! Les commissaires ont illustré les œuvres de la dernière salle de fragments de poèmes : Jules Laforgue accompagne une sculpture de Jean Arp ; Jean Moréas, le Clair de Lune sur le port de Boulogne de Manet ; Baudelaire, Lever de lune sur un canal de Jean Guilloux ; et Apollinaire, La Nuit, effet de lune de Vallotton. Un dialogue art et littérature personnel mais suscitant un autre regard sur les toiles. Endymion endormi (1819), le rêveur éternel caressé par la lumière de la lune sculpté par Canova, clôt l’exposition.
On pourra dire que les commissaires ont eu la tâche aisée pour le choix des toiles, qu’ils ont joyeusement mélangé art, poésie et science. Il n’empêche que chacun pourra s’attarder sur le versant de la lune qui le retient, mystérieux, poétique, symbolique ou scientifique. Et chacun, à la prochaine pleine lune, pourra lever les yeux vers le ciel et voir, avec Baudelaire, que « ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ».
Elisabeth Hopkins
Visuels : Visuels : Leonid Tishkov (né en 1953), Private Moon, 2003-2017 (détail). Plexiglass et générateur (5 caissons lumineux). Moscou, collection de l’artiste.
Antonio Canova (Possagno, 1757 – Venise, 1822), Endymion endormi, 1819. Plâtre. Possagno, Fondazione Canova Onlus, Gypsotheca e Museo Antonio Canova.
Pour cette œuvre ultime, Antonio Canova s’inspira des Dialogues des dieux de Lucien de Samosate. L’auteur antique y décrit Endymion tel qu’il est amoureusement observé par la Lune. C’est ce regard de la déesse porté sur la beauté de l’homme endormi que le sculpteur vous invite à partager.

Du 3 avril au 22 juillet 2019
Galeries Nationales du Grand Palais
Entrée Square Jean Perrin Paris 8e
Ouvert tous les jours, sauf mardi
De 10h à 20h, nocturne le mercredi jusqu’à 22h
Fermé 1er mai et 14 juillet
Tarif : 14 €
www.grandpalais.fr