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Lassaâd Metoui et Dia Al Azzawi : deux visions du monde

Dia Al-Azzawi : Sabra et Chatila


Dia Al-Azzawi (né en 1939, travaille à Londres depuis 1976) est peintre lettré, sculpteur et graveur irakien, médias dans lesquels il peut exprimer ses prises de position esthétiques ou politiques, voire son engagement aux côtés des Palestiniens. L’IMA offre, dans un accrochage des plus sobres, deux portfolios. Les sérigraphies du premier illustrent la chute du camp palestinien de Tall-al-Zaatar au Liban en 1976. Celles du second, le massacre des civils palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila en 1982, sous l’œil indifférent de l’armée israélienne. Les faits lui suggèrent d’abord un polyptique monumental (aujourd’hui dans la collection de la Tate) et ce n’est qu’ après avoir lu Quatre heures à Chatila de Jean Genet, qu’il crée huit gravures et une lithographie. Combinant figuration et dislocation, travaillant en noir et blanc, Al-Azzawi s’inspire de certains détails du Guernica de Picasso, tels les mains ou pieds proéminents, la bouche du cheval ouverte pour rechercher l’air, les profils humains aux bouches béantes pour Tall-al-Zaatar. Et les complète avec des détails plus violents encore pour Sabra et Chatila : traces de mains ensanglantées, pointes de baïonnettes, portes ou fenêtres fracturées. Ces témoignages, sans complaisance mais sans prosélytisme, sur ces deux “tragédies de la violence” sont tempérées, un tout petit peu, par la présence d’une colombe, menacée mais néanmoins signe de paix et d’espoir.

Le pinceau ivre : Lassaâd Metoui


Par contraste, serein, méditatif, spirituel est le travail du calligraphe tunisien (né en 1963) qui scande les vitrines de la collection de l’IMA. Sur papier japonais ou sur toile, les 135 compositions lumineuses de Lassaâd Metoui se lisent, s’écoutent même. Elles combinent une calligraphie discrète en arabesques aux motifs divers avec de grands coups de pinceau noirs et épurés, des taches de couleur à la Miró, des motifs de fleurs à la Matisse, ou des collages de motifs islamiques. On pense aux peintres du noir ou de l’outrenoir, Soulages, Hartung, et pourquoi pas Franz Kline, voire même Fabienne Verdier, adepte elle aussi de larges pinceaux. Ce sont des madrigaux visuels, qui chantent et dansent la spiritualité, la civilisation musulmane, l’infini du désert, la beauté du cosmos. Le regard s’y perd, s’y retrouve, exulte. On reprend foi en l’humanité.
Elisabeth Hopkins
- À voir aussi à l’IMA : "L’épopée du Canal de Suez. Des pharaons au XXIe siècle".
L’Institut du monde arabe retrace l’une des plus passionnantes entreprises humaines : L’épopée du Canal de Suez. Des Pharaons à Ferdinand de Lesseps, du projet de Bonaparte à la nationalisation sous Nasser, cette saga extraordinaire de plus de 4000 ans est mise en scène dans une exposition-événement réunissant les personnalités puissantes, les défis surhumains, les anecdotes, les temps forts qui ont ponctué l’histoire singulière de ce lieu symbolique, jonction entre trois continents : l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Du 27 mars au 5 août 2018.
Visuels : Dia Al-Azzawi, Hymne du Corps. Poèmes dessinés pour Tall al-Zaatar, 1979. Collection Claude & France Lemand © Photo Dia Al-Azzawi. Courtesy Galerie Claude Lemand, Paris.
Lassaâd Metoui, Innocence, 2014. Papier kozo, encre japonaise, pigments naturels, 140x74 cm © Emanuel Denort .

Du 11 avril au 30 septembre 2018
Institut du monde arabe
1, rue des Fossés-Saint-Bernard
Place Mohammed V - 75236 Paris Cedex 05
Du mardi au vendredi, de 10h à 18h,
Samedi, dimanche et jours fériés de 10h à 19h
Fermeture exceptionnelle mardi 1er mai
Tarif plein : 8€
www.imarabe.org