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Le Palais idéal du facteur Cheval

Il lui aura fallu 10 000 journées, 93 000 heures, 33 ans pour achever l’œuvre de sa vie : son palais idéal. Fils de paysan, ayant reçu une instruction « très élémentaire » affirme-t-il, un temps boulanger avant de devenir facteur à l’âge de 30 ans, Ferdinand Cheval (1836-1924) parcourt chaque jour 32 kilomètres à pied, hiver comme été. Que faire en marchant sinon songer. Pour distraire ses pensées, il construit en rêve un palais féerique, dépassant l’imagination avec des grottes, des tours, des jardins, des châteaux, des sculptures. Un jour, il heurte une pierre « de forme si bizarre » qu’il la ramasse, l’emporte et se dit : « puisque la nature fournit les sculptures, je me ferais (sic) architecte et maçon ». Chaque jour il trouve des pierres, les met de côté et revient les chercher avec sa brouette, sa « compagne de peine ».
Après avoir réuni une certaine quantité de matériaux, il se met à l’ouvrage. Il a alors 43 ans. Sous les yeux étonnés, enthousiastes, dubitatifs ou courroucés des habitants de son village d’Hauterives, s’élève bientôt un monument de 26 mètres de longueur et jusqu’à 10 mètres de haut par endroits. Ferdinand Cheval le décrit lui-même comme « un monde bizarre, grotesque et original de plantes et d’animaux, de figures de toutes sortes ». On y voit crocodiles, ours, éléphants, bergers des Landes, cascades, figures de l’Antiquité, flamants, oies, aigles, serpents…Mais aussi une mosquée arabe avec un minaret, un temple hindou, un tombeau égyptien, un chalet suisse, un château du moyen-âge, trois géants (César, Vercingétorix et Archimède). Et tant d’autres choses encore.
L’ensemble est constitué de pierres locales en tuf, silex, grès, porphyre, calcaire incrusté de fossiles végétaux ou animaux…auxquelles l’apprenti maçon ajoute de la chaux et du ciment, consolidant certaines sculptures avec des armatures métalliques, inventant avant l’heure le béton armé. Le hasard seul ne préside pas à l’avancée de la construction. En architecte qu’il se veut, Ferdinand Cheval a préparé, probablement au début de 1880, un plan sous la forme d’un dessin (96,8 cm x 32 cm) composé de 6 feuillets, sur lesquels on constate qu’une circulation d’eau avait été imaginée dans et autour du monument.
« À la source de la vie, j’ai puisé mon génie », écrit Ferdinand dans son autobiographie rédigée à la plume d’une belle écriture régulière et penchée, sur un petit cahier d’écolier en décembre 1911 ; des mémoires avec des ratures et les émotions d’un homme « resté paysan », mais « avec le ferme désir de mettre en évidence le pouvoir d’une volonté énergique et d’un travail soutenu », parlant parfois de lui à la troisième personne. Pas peu fier de son Palais, Ferdinand l’a ouvert lui-même à la visite et a construit un belvédère permettant aux visiteurs de prendre du recul et de l’admirer de haut. Avec un grand sens de la communication, il accompagne les visiteurs pour leur expliquer en détail ce qu’ils voient. Très à cheval sur le droit à l’image, il interdit les reproductions de son Palais et se réserve l’exclusivité de l’édition et de la vente des cartes postales.
Deux ans après l’achèvement de son Palais idéal en 1912, Joseph Ferdinand Cheval reprend sa fidèle brouette pour construire son tombeau au cimetière du village de Hauterives, « Le Tombeau du silence et du repos sans fin », qu’il achève en 1922. Deux ans avant sa mort, à l’âge de 88 ans. Depuis 1994, le Palais idéal appartient à la Ville d’Hauterives.
Admiré comme une œuvre d’art brut par les surréalistes, ce monument aussi fantastique qu’insolite, classé en 1969 Monument Historique au titre de l’art naïf par André Malraux, alors Ministre de la Culture, accueille chaque année près de 175 000 visiteurs venus du monde entier.
Catherine Rigollet (novembre 2019)

Palais du facteur Cheval
26390 – Hauterives (Drôme)
Tous les jours, de 9h30 à 17h30
Jusqu’à 16h30 en décembre-janvier
Tarif plein : 8€
Tél. 04 75 68 81 19
www.facteurcheval.com



À lire : Le Cahier de Ferdinand Cheval, décembre 1911.
Le Palais idéal du facteur Cheval. Quand le songe devient la réalité. Par Jean-Pierre Jouve, Claude Prevost, Clovis Prevost. ARIE Editions, 2015. 392 pages illustrées. 55 €

Visuels : Portrait du facteur Cheval et vues du Palais idéal et des différentes façades. Vue du tombeau de Ferdinand Cheval au cimetière d’Hauterives. Photographie de Dora Maar représentant Picasso et Paul Éluard lors de leur visite au Palais idéal, août 1937 (musée d’art et d’histoire de Saint-Denis). Photos L’Agora des Arts, novembre 2019.