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La galerie de l'Agora des arts

Luc Tricart-Ebeniste

Ancien élève de l’école Boulle, Luc Tricart se consacre à la restauration et à la conservation de mobilier ancien tout en mettant son savoir-faire d’ébéniste dans la création de meubles et d’objets contemporains, utilisant des techniques innovantes : le pliage métallique, le tressage d’inox ou l’impression d’images numériques sur métal et sur verre.

Il a du mal à se considérer comme un artiste car, pour Luc Tricart, « être artiste, c’est l’être complètement », jour et nuit pourrait-on ajouter. En effet, depuis trente ans, ce Cergyssois d’origine et ancien élève de l’école Boulle dirige une entreprise d’ébénisterie d’art entre restauration de meuble et agencement créatif, se définissant lui-même comme un « créateur d’espaces ». Il a installé ses ateliers près de la demeure familiale à Ham, un quartier ancien de Cergy enserré entre l’Oise et les étangs de la Base de loisirs, un havre de paix et d’inspiration. Alors, lorsqu’on vient l’interviewer dans son repaire, il n’est pas étonnant que Luc Tricart commence par nous présenter ses jeunes collaborateurs, nous montrer le nouveau matériau en résine de synthèse que son atelier a apprivoisé ou encore la nouvelle machine à commandes numériques pour découper le bois récemment acquise. L’irruption de la technologie numérique dans le métier d’ébéniste n’empêche pas, selon Luc Tricart, que « nous devons toujours maîtriser le dessin et la proportion. La partie artisanale de mon travail répond la plupart du temps à des commandes, mais je garde un œil toujours aiguisé sur l’extrême qualité, la précision et la finesse. » Et de citer la prochaine restauration de tout le mobilier du pavillon néerlandais de la Cité internationale après que l’entreprise Tricart ait réalisé l’an dernier, au même endroit, la restauration d’un ensemble de boiseries en acajou de Saint-Domingue et Martinique dans le pavillon cubain. Mais, l’artisan ne répond pas qu’aux commandes qui espère bientôt produire en série un meuble design créé et présenté en 2011 aux Journées du patrimoine : le Cub, meuble d’appoint, table basse, pouf... « Dans mon intérieur, comme dans celui des autres, j’ai ressenti un manque, explique Luc Tricart. Autour de l’idée de cube plein et de cube creux, j’ai voulu concevoir un meuble qui ponctue et réveille un intérieur, un objet qui harmonise l’espace. » D’où ce Cub qui fait rimer bois et couleurs : le noir et l’acajou, le fuchsia et l’amarante, la menthe et le satiné rouge, l’orange et l’ébène de Macassar, le blanc et le bois de rose, le bleu ciel et le thuya... L’imagination créatrice de Luc Tricart vagabonde au fil des associations d’idées, donnant naissance à des paravents ou une table polychrome avec le coloriste Jean-Maurice Simoneau, une table dessinée par le photographe Peter Knapp, un voisin de Cergy, d’autres pièces uniques encore avec l’architecte-décorateur Jean-Rémy Couradette. Chez une artiste pontoisienne de ses amis, Luc a créé une cloison de séparation qui soit la confrontation de deux esthétiques, une cloison « sculpturale et rythmée ». Ses meubles-herbiers (nénuphar, violette, coquelicot...) ont aussi fait la réputation de l’ébéniste d’art qui ne travaille plus le seul bois depuis longtemps mais des matériaux aussi variés que le cuir, le verre, l’ardoise, les métaux ou des composites ultra-légers. Pour s’évader de la rigueur de l’ébénisterie, Luc Tricart se fait artiste à « ces moments solitaires » où il profite alors d’une disponibilité d’esprit qui libère toute son imagination.

Jean-Michel Masqué (Août-septembre 2012)
Reportage photographique : Lionel Pagès