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Maison des Lumières Denis Diderot

Sans Diderot, peut-être n’aurions-nous jamais connu Langres... Ce n’est pas le moindre mérite de ce génie polygraphe que de nous accompagner dans sa ville natale, cette vieille ville fortifiée que l’on aperçoit de loin, acropole sur son éperon rocheux dominant en majesté la région alentour, aujourd’hui sous-préfecture de la Haute-Marne de 8500 âmes. Même si elles y plongent leurs racines, l’extraordinaire aventure intellectuelle et la gloire de Denis Diderot (1713-1784) doivent finalement peu à la ville de Langres, dévote et militaire, qui le vit grandir et se former avant un départ précoce vers l’âge de 15 ans à Paris, déjà l’endroit où les choses se passaient... Et si Diderot y bénéficie d’une place, d’un collège, d’un lycée à son nom et d’une statue signée Bartholdi, Langres n’a jamais vraiment abusé de la renommée de son enfant le plus célèbre. Jusqu’à l’ouverture, après neuf mois de festivités, de la Maison des Lumières Denis Diderot, premier musée français dédié à l’encyclopédiste, le 5 octobre 2013 pour célébrer le tricentenaire de sa naissance. Diderot et Langres sont désormais liés pour longtemps.
Magnifiquement restauré et aménagé, l’ancien hôtel particulier du Breuil de Saint-Germain, construit au XVIe siècle et agrandi au XVIIIe, abrite maintenant la Maison des Lumières, labellisée musée de France. Il s’agit bien d’une demeure à taille humaine où, d’une certaine façon, Diderot est chez lui, conviant le visiteur à suivre le fil de son cheminement intellectuel concomitant à l’avènement des Lumières. Sur 500 m2 et dix salles, les objets personnels ou scientifiques, les œuvres d’art et manuscrits racontent ce moment unique de l’universalité française où Diderot, "homme-protée", dirige entre autres la plus grande entreprise éditoriale du XVIIIe siècle, l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751-1772). D’ailleurs, nous ressentons l’émotion la plus vive au milieu de la septième salle où sont exposés sous une longue vitrine les 35 volumes gainés de cuir rouge de l’édition originale de l’Encyclopédie, ce monument de savoir (72800 articles, 20 millions de mots, 2885 planches) rarement montré dans toute sa matérialité, son étendue physique. À tour de rôle, certains volumes seront ouverts pour dévoiler quelques pages de l’ouvrage légendaire.
Les salles précédentes rappellent l’histoire de l’hôtel particulier, les débuts et la vocation du fils d’un artisan coutelier de Langres (buste de Diderot par Houdon), le contexte mondial dans lequel sont nées les Lumières, mais aussi l’installation de Diderot à Paris (portrait de Diderot par van Loo), ses voyages et la constitution d’un réseau européen d’intellectuels. De grandes cartes aident à mieux suivre les voyages des hommes et des idées à cette époque tandis que des tables numériques interactives permettent d’approfondir les connaissances. La sixième salle, où sont exposés quatre tableaux de Chardin et une toile d’Oudry, nous donne à apprécier l’appétit esthétique du philosophe pour la peinture, la sculpture et la critique d’art, la musique et le théâtre. Étonnamment, et c’est sans doute le principal bémol que nous émettrons à propos de cette belle et innovante exposition, le Diderot écrivain n’est pas abordé alors que des œuvres, certes découvertes tardivement après sa mort, comme Le Neveu de Rameau ou Jacques le Fataliste restent des références de la littérature française. Les dernières salles sont toutes consacrées à l’Encyclopédie, sa fabrication, ses collaborateurs, son histoire éditoriale heurtée, son contenu, ses thématiques entre objets rares exposés et éléments d’information numériques et interactifs.
La dernière salle est une sorte d’exposition temporaire qui décortique certains sujets abordés dans l’Encyclopédie, en ce moment le métier de faïencier, les mathématiques avec la présentation d’un très rare planétaire du XVIIIe siècle et l’ornithologie comme exemple d’histoire naturelle qui passionna aussi les encyclopédistes. Régulièrement, d’autres thèmes viendront illustrer l’incroyable richesse de cet ouvrage. Entre son enceinte fortifiée, flanquée de tours et de portes imposantes, son chemin de ronde aux vues imprenables et sa vieille ville aux maisons et monuments « dans leur jus », Langres s’est doté avec cette Maison des Lumières d’un musée de référence, agréable à parcourir, qui devrait intéresser toutes les générations, notamment les plus jeunes, tant que les Lumières et l’Encyclopédie, dont Diderot est l’incarnation, resteront une référence dans leur formation intellectuelle.
Jean-Michel Masqué
Visuel page expo : Portrait de Denis Diderot, Louis Michel Van Loo, Paris, vers 1770. Collection des Musées de Langres. Le philosophe porte ici sa robe de chambre moirée qu’il aimait tant.
Planche Coutelier (détail), extraite de l’Encyclopédie. 3e volume de planche, 1763. Collection Bibliothèque Marcel Arland de Langres. Globe de poche, John Cary, Londres, 1791. Collection des Musées de Langres.
Visuel page d’accueil : Planche Coutelier (détail), extraite de l’Encyclopédie, 3e volume de planche, 1763. Collection Bibliothèque Marcel Arland de Langres.
© Sylvain Riandet, / Ville de Langres.

Maison des Lumières Denis Diderot
1, place Pierre Burelle - 52200 Langres
D’avril à septembre, du mardi au dimanche, de 9h à 12h et de 14h à 19h
D’octobre à mars, du mardi au dimanche, de 9h à 12h et de 14h à 17h
Fermée le lundi
Plein tarif : 5€
Tél. 03 25 86 86 40
www.maisondeslumieres.org
 
- Michel Van Loo fit plusieurs portraits de Diderot. Dont le plus célèbre, exposé au Salon de 1767 (aujourd’hui au Louvre) dans lequel Diderot refuse de se reconnaître dans l’écrivain élégant, mondain, coquet qu’il aperçoit sur la toile. Il récuse toute image qui le fige, l’immobilise : "J’avais en une journée cent physionomies diverses, selon la chose dont j’étais affecté." Et plutôt que dans une toile trop travaillée, il se reconnaît dans un crayon de Greuze, pris sur le vif..." lit-on dans "l’Album Diderot. Iconographie choisie et commentée par Michel Delon", publié dans La Pléiade (éd. Gallimard). Un ouvrage passionnant qui suit l’auteur du Neveu de Rameau, de sa ville natale de Langres à Paris, sa ville d’adoption.