L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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La galerie de l'Agora des arts

Martine Martine. Sculpteur et peintre

Martine Martine dans son atelier
Martine Martine dans son atelier
Balzac (lavis) - photo L. Pagès
Buste de Balzac (2006)
Balzac. Lavis
Balzac Paysage (2011). hst.
Balzac. Lavis
Grands sumos n.7, (2003). Lavis
Sumos, la prise (2003). hst.
Martine Martine devant ses Balzac
Martine Martine (mars 2014)
11 septembre (2001). hst

L’ogresse ingénue

Il y a chez cette artiste, sculpteur et peintre, un côté petite fille émerveillée par ses propres audaces, une ingénuité qui étonne d’autant plus face à la monumentalité de son œuvre, à l’expressivité virile de ses coups de brosse, à la puissance de ses bronzes marqués par le pétrissage de ses doigts…et à ses 82 printemps. Après les chevaux, les sumos, les mains et les grands nus, des thèmes récurrents dans son travail et qui ont donné naissance à des centaines d’œuvres, Martine Martine s’est attaquée à Balzac, avec encore plus de fougue. Peut-être même avec « un brin de revanche à prendre » sur cet auteur lu dans sa jeunesse, « révisé à fond pour le baccalauréat, mais en pure perte car le sujet ne sortit pas ! »
Pourquoi Balzac ? L’idée lui en a été suggérée un jour par Paul Métadier, qui souhaitait un buste de l’écrivain pour son musée Balzac au château de Saché, lieu où le romancier séjourna à plusieurs reprises, y écrivant quelques chefs-d’œuvre comme Illusions perdues ou Le Père Goriot. Martine Martine mit du temps à se décider, avant de se mettre, en 2007, à dévorer nuit et jour, telle une ogresse, la figure de l’auteur de la Comédie humaine, jusqu’à être vampirisée par le colosse de Saché, produisant de manière obsessionnelle près de 300 sculptures, peintures, lavis, dessins à l’encre et gravures.
De même que ses chevaux sont déformés, démesurés, ses sumos grimaçants, muscles tendus, imposants d’énergie, ses Balzac sont énormes, hirsutes et grimaçants jusqu’à la caricature, mais quasi mythologiques tant l’artiste a cherché à saisir le génie littéraire plus que le portrait d’Honoré. Sa première inspiration fut à la fois puissante et classique : un buste de Balzac sculpté par Rodin qui trônait dans la maison familiale. Sept ans plus tard, de ses multiples confrontations avec cette belle nature qui aimait les femmes a jailli un être gargantuesque. Un coup de folie, telle une liaison à la Bovary qui amuse cette artiste dont la double consonance du nom annonce déjà la singularité d’une œuvre qui ne se rattache à aucune école contemporaine.

Fille de Pierre et Denise Lévy dont l’exceptionnelle collection de 2 000 œuvres a donné naissance au musée d’art moderne de Troyes en 1982, l’artiste Martine Martine y est née en 1932, attendant d’avoir 60 ans pour révéler son patronyme et le nom de son époux, l’industriel Léon Cligman. « Vous dessinez comme un sculpteur », lui fait-on un jour remarquer. Elle se mettra donc à sculpter, sans jamais cesser de dessiner, Katia Granoff lui offrant sa première exposition personnelle dans sa galerie de la place Beauvau, en 1971. Quelques quarante années plus tard, dans son double-atelier parisien littéralement « habité » par Balzac, Martine Martine songe à rompre définitivement avec le grand écrivain. « Pour ne pas devenir toquée », affirme-t-elle.

Catherine Rigollet