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La galerie de l'Agora des arts

Danielle Denouette-Plasticienne

Danielle Denouette dans son atelier

L’impossible couture du temps

Du plus loin qu’elle se souvienne, Danielle Denouette a toujours aimé la nature. Enfant, le jardin était le lieu de consolation et de contemplation, elle se penchait sur un brin d’herbe comme sur un être unique à qui elle confiait être la seule à l’avoir remarqué, à lui porter intérêt. Après ses études d’art plastique c’est naturellement cette nature, perçue déjà comme précieuse et fragile, qu’elle s’est mise à rassembler, à embaumer et à préserver dans des boites, ou à peindre. Pour cela, la feuille de papier est depuis toujours son support de prédilection, qu’il s’agisse d’immenses reproductions de photographies sépia de paysages sur lesquelles elle grave puis peint à l’aquarelle des ramées qui envahissent progressivement l’image comme une plante épiphyte ou une moisissure ; ou ces longs rouleaux de kraft qu’elle enroule au fur et à mesure, sans voir le début ni la fin du dessin qui se compose comme une écriture végétale, ligne après ligne, secrètement, telle une méditation. Parfois, c’est sur des feuilles de papier cousues ensemble avant d’être marouflées sur toile qu’elle trace des arborescences, d’imprévisibles nuages, des jonchées de brindilles ou d’herbes graciles, et surtout ces séries de feuilles esseulées, arrachées par d’invisibles bourrasques. Une peinture à l’encre, au brou de noix, fluide, légère, précise, à la manière pointilliste, posée au pinceau ou avec des petits bouts de bois, son « écriture », dit-elle. Et déjà partout ces coutures d’assemblages pour renouer le fil du temps, protéger cette nature qu’elle sent à la fois si vivante et si périssable, à la merci des caprices du ciel et de l’imprévoyance des hommes. Une nature sacralisée, comme dans le shintoïsme qu’elle a découvert il y a près de quarante ans en se mariant avec un Japonais. Pour Danielle Denouette, le tsunami dévastateur engendré par le séisme du 11 mars 2011 au large du Japon et la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima qui a suivi fut une blessure intime qu’elle ne pouvait laisser sans soins. Elle aurait pu peindre de grandes vagues comme Hokusai pour conjurer le sort. Elle aurait pu représenter la souffrance humaine, mais avoue ne pas savoir l’exprimer. Alors, elle s’est mise à coudre, pour réparer la nature saccagée, sachant que l’homme dépend de sa survie. Sa technique est comme un cérémonial à chaque fois recommencé : ramasser des feuilles fraîches, les mettre sous presse, les coller sur une feuille de papier -Japon de préférence- puis maîtriser le délicat ouvrage à l’aiguille. De ce travail de l’émotion, de la patience et de la ténacité est née une quarantaine de tableaux de feuilles ravaudées ou hybridées, son « herbier guérisseur ». Une œuvre au fil rouge comme une blessure, une couture, une cicatrice, un espoir.

Catherine Rigollet (mars 2013)

Portrait de Danielle Denouette : Lionel Pagès © L’Agora des Arts.
Photographies des œuvres : Courtesy Focus 5 – Galerie Mansart.