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La galerie de l'Agora des arts

Frédéric Cubas-Glaser-Peintre

Puisant son inspiration dans l’Espagne pluriculturelle et tolérante d’Al-Andalus ce peintre construit une œuvre symbolique et poétique, nourrie d’histoire de l’art.

Cubas par son père, réfugié d’Espagne, Glaser par sa mère, réfugiée d’Europe de l’Est : Frédéric Cubas-Glaser revendique fortement mais sans ostentation –ce n’est pas son genre- cette double ascendance, cette influence d’apatrides résistants et cultivés qui lui ont donné le goût de la culture et de l’art. Depuis quelques mois, comme une sorte de revanche, Frédéric Cubas-Glaser a acquis la double nationalité franco-espagnole et partage sa vie entre ses deux pays, la France, dont il vante les mérites de l’école de la République, et l’Espagne de ses racines et de son inspiration. Donc, lorsque Frédéric nous invite à « L’enfouissement de la nuit », sa première exposition personnelle en France depuis quinze ans, nous ne sommes pas étonnés d’y découvrir son interprétation picturale d’ « Al-Andalus », cette Espagne musulmane (711-1492) de haute culture et de tolérance. « Cette exposition, écrit Frédéric dans le catalogue, cherche à établir un pont entre la nostalgie des temps anciens et les mythes nouveaux à reconstruire. »
Mais, si l’artiste Cubas-Glaser se fait rare, qui a longtemps privilégié une carrière plus « ibérique » que française, on doit surtout ce relatif effacement à ses nombreuses occupations au service de l’art des autres, notamment comme commissaire d’expositions dans le Val d’Oise où il vit (foire d’art actuel Art.VO à Cergy-Pontoise, Biennale d’art contemporain d’Eragny, salon Manganèse à Vauréal...)
S’il a toujours dessiné, sa formation artistique est celle d’un autodidacte entre des voyages pour étudier l’histoire de l’art et une création personnelle que l’on sent pétrie d’influences de maîtres tels Chagall et Picasso. À 30 ans, il décide de se consacrer uniquement à la peinture, menant de front cependant toutes ses activités, les pieds dans la réalité et la tête dans les étoiles. « J’ai appris à lire le monde, patiemment/à l’eau sévère de ses racines », a-t-il écrit dans un poème, symbole de son cheminement, de sa quête.
D’ailleurs, de son compagnonnage avec un poète, Gérard Noiret, est née l’idée de l’exposition actuelle, fruit de ses travaux les plus importants de ces cinq dernières années. Cubas-Glaser ne fait pas mystère non plus de sa proximité avec Garcia Lorca, une influence en termes d’imaginaire et de narration. « L’enfouissement de la nuit » est autant une réflexion autour d’ « Al Andalus » que du Miserere, cette supplication au centre du psaume 51, l’artiste disant travailler « par sensations », créer « un univers sériel ». Cette exposition nous donne aussi à voir tout le travail préparatoire du peintre avant d’arriver sur la toile : croquis, dessins, encres, gravures mais aussi, autour de certaines des plus grandes toiles (« Le Peintre et son modèle », par exemple), un carnet de croquis en frise encadrant le motif définitif. Dans cet « univers de la déchirure », de la « chute », l’œil plonge dans les plans verticaux et géométriques du tableau, la beauté du monde faisant souvent l’humanité souffrante, mais désirante aussi. La pierre, très présente chez Cubas-Glaser, devient le symbole de l’homme forcé au travail et de « la construction de la personnalité ». On remarque une certaine harmonie des tons, traités en glacis successifs, ocres jaunes, orangés transparents, verts olivâtres... Marouflage, feuilles d’or encollées puis dégradées, fonds et glacis successifs sont les principales techniques utilisées par l’artiste pour donner à cet ensemble d’œuvres une force mystérieuse, une belle unité.

Texte : Jean-Michel Masqué (novembre 2010)

Photographies : Lionel Pagès