L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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La galerie de l'Agora des arts

Ireneo NICORA - Plasticien

Ireneo Nicora dans son atelier

Intériorité

Il aurait pu finir anachorète au pied de la cordillère des Andes où il était parti vivre à l’âge de 28 ans pour fuir les influences de l’art européen, italien notamment, et trouver son propre chemin. Une vingtaine d’années plus tard, enfin apaisé, surtout depuis la rencontre avec le maître bouddhiste tibétain Lama Gendun Yarpal lors d’un voyage au Népal, il a choisi de revenir en Europe et d’installer son atelier au milieu de l’animation des puces de St Ouen à Paris. Pour autant, Ireneo Nicora est resté un méditatif, un artiste influencé par la spiritualité et qui exprime dans ses installations en papiers la fragilité de la vie.

Il raconte aussi que les deux violents tremblements de terre dont il fut témoin au Chili ont nourri sa réflexion sur le caractère temporel et éphémère de la matière. « La mort est certaine pour chacun d’entre nous et c’est peut-être une consolation de savoir que nous partageons tous ce même destin ». Méditer sur cette grande question existentielle a visiblement conduit Ireneo Nicora à créer des œuvres de lenteur, de patience, de répétition, dans lesquelles le temps s’est figé. Il fait couler goutte à goutte de la cire d’abeilles sur de grands papiers japonais et népalais, comme une tâche répétitive, méditative et rythmée, une sorte de mantra. Il les repasse ensuite pour faire pénétrer le liquide gras, chaud et parfumé au plus profond de la fibre jusqu’à donner à ses œuvres en gestation une texture de peaux tannées comme des parchemins, y créant des transparences, parfois des blessures, la part du hasard.

Assemblés sur le mur, ses papiers-peaux deviennent corps tenu par de longs morceaux de bois, dont on ne sait s’ils le soutiennent ou le transpercent comme des lances. Il y a un souffle, une dimension organique et une dramaturgie dans ces installations que l’artiste a présentées pour la première fois en France, en avril 2014, à la galerie l’Œil du Huit à Paris. Quand il n’imprègne pas les feuilles de cire, Ireneo Nicora y jette des gouttes d’aquarelle japonaise rouge, et le papier en l’absorbant rosit, des formes surgissent ; la peinture soudain palpite, respire.
L’art cosa mentale d’Ireneo Nicora, ce formalisme minimaliste, médité et sans repentir possible ne se laisse pas saisir d’un simple regard, il interroge, en même temps que sa puissance sensorielle nous emporte.

Catherine Rigollet (juillet-août 2014)
Portraits et reportage dans l’atelier : Lionel Pagès
Photos des œuvres : D.R