L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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La galerie de l'Agora des arts

Lawrence Vial. Styliste-sculpteur

Lawrence Vial dans son atelier

Sculpture haute-couture

Lawrence Vial est une artiste qui ne fait pas ses courses comme tout le monde, davantage intéressée par le contenant que par le contenu ! Monoprix, Zara, Décathlon... L’artiste, qui se qualifie de « styliste-plasticienne », en garde les sacs pour confectionner selon des techniques issues de la haute couture sa propre ligne de vêtements, des robes en fleurs de plastique aux couleurs éclatantes. Même si Lawrence Vial considère ses robes plus comme des objets d’art que des modèles proprement dit. L’année 1998 est pour elle l’année d’une grande fracture. Non seulement, elle montre son travail de styliste lors d’un premier défilé personnel haute couture de robes en tissu mais elle se met aussi à la sculpture, terre cuite, plâtre ou stuc. « Toute petite, j’avais déjà des envies de stylisme, raconte-t-elle. Je faisais faire des modèles par ma mère ! »

L’âme artiste, Lawrence l’a depuis son plus jeune âge lorsque ses talents de danseuse la conduisent aux portes de l’Opéra de Paris. Mais, l’adolescente rebelle ne supporte pas longtemps les rudes exigences de cette discipline, « l’humiliation », dit-elle. Elle déménage à Saint-Étienne, où l’école des Beaux-Arts ne veut pas d’elle mais où elle fait des rencontres dans les milieux de la musique et de l’art, Denis Laget, Djamel Tatah ou encore Didier Semin, futur critique d’art et professeur d’histoire de l’art aux Beaux-Arts de Paris. Lorsqu’elle débarque à Paris, Lawrence fréquente toujours les milieux artistiques, prend des cours du soir de dessin à l’école Duperré (Arts appliqués) et passe un CAP de couture. « Le dessin et la couture ont toujours été liés chez moi », précise-t-elle. Malgré ses rencontres et fréquentations, Lawrence n’entretient pas spécialement de réseaux et sa « nature sauvage et perfectionniste » l’empêche d’exposer n’importe où et n’importe comment. Pour subvenir à ses besoins et poursuivre son œuvre artistique, elle travaille dans des théâtres comme habilleuse et dans des musées.

Dans son atelier-logement de Saint-Ouen, une ancienne boutique métamorphosée en un étonnant bric-à-brac d’œuvres et d’objets mêlés où elle s’est installée il y a une dizaine d’années, elle poursuit ses recherches, sentant bien qu’elle a des choses à dire et à montrer. « J’aime casser les moules, analyse Lawrence, transformer le négatif en positif comme lorsque les moules de mes totems sculptés deviennent les pièces essentielles. » Des empreintes en quelque sorte qu’elles peaufinent comme les enveloppes sacrées d’une œuvre naissante. Après la première grande statue d’une femme qui crie ou chante vers le ciel, elle travaille actuellement sur le thème des « voix » en multipliant les statuettes pour les rassembler dans un chœur qui, dans l’idéal, bénéficierait d’une installation son et lumière. Elle envisage aussi d’exposer ses robes extravagantes. Entre le plastique et la terre, selon son rythme propre et ses recherches non conventionnelles, Lawrence Vial a trouvé les matières qui conviennent le mieux à son exubérance de façade et à ses tensions intérieures, à sa méticuleuse expressivité.

Jean-Michel Masqué (mars-avril 2014)
Reportage photo : Lionel Pagès