L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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La galerie de l'Agora des arts

Véronique Agostini-Graveur

Véronique Agostini dans son atelier
Vendredi - 75 x 105 cm
Deux Demeures - 56 x 76 cm
Castor et Pollux II - 56 x 76 cm
la sexualité des fleurs - 40 x 40 cm
la sexualité des fleurs - 56 x 76 cm
Une chose qui est moi- 25 x 32 cm
Jupiter II sur IV 105 x 75 cm
Le grand cèdre - 56 x 76 cm
L'Hermite - 56 x 76 cm
Une autre île 1 - 50 x 65 cm
Au coeur de l'atelier

Vivant à Frontignan, sur un lido entre étangs et Méditerranée, le paysage fluide et les larges ciels que Véronique Agostini contemple depuis ses fenêtres, tout comme la Tramontane qui balaie régulièrement la nature, ne sont pas étrangers à son travail de plasticienne et à son inspiration. L’amour du papier et la découverte il y a dix ans de l’art japonais du suminagashi ou « encres flottantes » lui a permis de mieux capturer l’essence de cette nature coulante, vaporeuse, fragile, mouvante et se transformant à l’infini. Art délicat, tout en finesse et en alchimie de couleurs, le suminagashi consiste à laisser une feuille de papier absorber délicatement des encres flottant sur l’eau. Fruit du mélange entre la maîtrise des cercles d’encre et de pigments formés par l’artiste à la surface de l’eau et le hasard des volutes qui se forment ensuite en soufflant sur la surface, cette technique n’offre aucun repentir possible, mais convient parfaitement par le naturel et la variété des formes à l’interprétation très imaginaire et poétique que l’artiste fait de la nature qui l’entoure et de ses images éphémères. Une part d’imprévu et de magique qui rend aussi l’œuvre si fascinante. Fin 2007, Véronique Agostini a quitté ce monde exclusivement végétal pour s’intéresser à l’humain. Elle le fait d’abord par le biais de ce qui le couvre ou le cache, le vêtement, choisissant le kimono pour sa forme unique et ancestrale, son côté féminin/masculin. Elle y grave les saisons, réalisant des œuvres uniques réalisées à chaque fois sur un suminagashi créé à cet effet. Puis sa lecture de Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier va nourrir son imagination et bouleverser son travail. « Une fois lues, j’ai su que ces limbes seraient aussi les miennes pour un moment et qu’il fallait que je réalise une œuvre relatant cette rencontre entre Vendredi le sauvage et Robinson le civilisé ». Mais pour poser un dire sur le paysage, raconter une histoire, il lui faut faire évoluer sa technique, mêlé le dur au tendre, le déterminé à l’aléatoire, sans pour autant quitter le fragile et l’éphémère qui symbolisent aussi l’existence humaine. Elle crée alors une technique qui lui est propre en superposant de la gravure sur le suminagashi, venant marquer le papier par des empreintes indélébiles : gravure en creux (taille douce), gravure en relief (taille d’épargne, collagravure) ou procédés à plat (monotype, pochoirs etc.). Durant trois ans, elle poursuit un long travail de gravure sur les textes de Michel Tournier qui a donné son accord. En regard de ce récit complexe et initiatique, très ancré sur le corps, le désir, l’éveil de la sexualité, vont naître des îles, comme autant de Terre en modèle réduit, des insectes butinant le monde des fleurs, des ombres humaines puisque Robinson « ne se connaît que dans l’écume de la vague glissant sur le sable blond ». Réunie sous le titre Les Prédictions, cette série de gravures est exposée pour la première fois à la Biennale SUDestampe, une manifestation qui met à l’honneur la gravure contemporaine et qui se déploie chaque fin d’année, de Nîmes à Octon. Si Véronique Agostini a quitté Robinson, elle n’en poursuit pas moins sa quête de l’humain et de la représentation de la vie, en jouant avec les ombres des corps et l’art du suminagashi.

Catherine Rigollet (Décembre 2012 - janvier 2013)
Visuels : copyright Véronique Agostini