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La galerie de l'Agora des arts

Vincent Corpet-Peintre

Procédant par analogies, Vincent Corpet crée de grandes fresques mythologiques invitant à poser un regard neuf sur l’image peinte. Des souvenirs d’images engrangés par l’œil et la mémoire qui comme dans sa dernière série revisitent les grands maîtres de la peinture.

Quinca à l’allure juvénile et longiligne, au sourire amical éclatant, vêtu de noir sa couleur fétiche, Vincent Corpet est calme et attentif lorsqu’il converse. Soudainement, il tourne en rond dans son atelier, comme un fauve qui cherche de l’espace dans la cage avant d’entrer en piste. Ce changement de comportement est le signal d’un afflux d’idées qui va engendrer une prochaine peinture. Brusquement, il entre en action, déroule à même le sol sa toile de très grand format, disposée dans un rituel auquel son corps répond avec assurance et souplesse.
L’artiste qui travaille toujours par terre, ne cesse d’être mobile, organise visuellement et sans doute intuitivement la surface picturale. Commentaire et description s’arrêtent là. Car la pensée analogique en images, processus de création « Corpéenne », offre peu de place à l’analyse et ne lui laisse pas le temps. Le langage n’est plus le même. L’imagination de l’artiste, qui souvent a été stimulée à l’origine par un simple jeu de mots, des peintures de grands maîtres classiques ou contemporains (Poussin, Courbet, Balthus, Picasso…), des objets... pénètre chez le spectateur au fur et à mesure des déplacements, débordements et combinaisons de signes, lettres ou formes tracés au pinceau.
Il est temps alors de rentrer dans ce jeu auquel Vincent Corpet nous invite : rétablir le contact avec ce qui existe mais est invisible, en nous interrogeant sur ce que les représentations évoquent en nous, perpétuent, renouvellent. Procédant par analogies, Vincent Corpet crée de grandes fresques mythologiques invitant à poser un regard neuf sur l’image peinte. Ces analogies, qui n’obéissent à aucune logique formelle ou symbolique, sont des images qui se superposent, s’emboîtent, s’entrechoquent : fragments de corps, animaux, végétaux, objets du quotidien, paysages. Des souvenirs d’images engrangés par l’œil et la mémoire qui parfois revisitent les grands maîtres de la peinture.
Une toile de Vincent Corpet, de grand format, ne se regarde pas dans un seul sens, ne révèle pas toute sa richesse dans sa globalité. Dans le silence des images mais avec la force de celles-ci, l’œil perçoit ce que l’esprit ne saurait définir.
Et puis il y a cette « main, pleine d’esprit » dit Paul Valéry et que cite l’artiste. Cette main que Vincent Corpet définit comme organe de la pensée et point de rencontre du corps et de l’esprit. Des parois ornées des grottes préhistoriques qui le questionnent sur les éléments constitutifs de la peinture, à l’imagerie née de l’art populaire du 15ème siècle à destination des illettrés, Epinal, chef-lieu des Vosges, a perpétué la tradition. Il n’est donc pas étonnant d’y retrouver Corpet, qui a eu envie de « fabriquer de l’imagerie d’Epinal ».
Lors de l’exposition « Vos Jeux Ma Muse » du 5 novembre au 18 décembre prochain à la galerie « La Lune en Parachute » à Epinal, l’artiste proposera un « tarot » version « Corpet » présenté sur les 800m2 de ce centre d’art contemporain surprenant. La ville met aussi à l’honneur l’artiste qui revisite actuellement dans son atelier des peintures des fonds des deux musées d’Epinal (Beaux Arts et Musée de l’image) et qu’on pourra découvrir à cette occasion.

Pascale Thomelin (octobre 2010)

Visuels de la série « Fuck Maîtres » (2009-2010) © V.C
Portrait de Vincent Corpet © Laetitia Laguzet / Ella L.