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Tal Coat (1905-1985). En devenir

Ayant goûté au cours de son existence (1905-1985) aux atmosphères contrastées de Paris, de la Provence et de la vallée de la Seine près de Giverny, Tal Coat (« front de bois » en breton), né Pierre Jacob à Clohars Carnoët (Finistère), revient de façon posthume en Bretagne, à Pont-Aven près de son lieu de naissance. Une Bretagne à laquelle il aura toujours été attaché, marqué, disait-il, « par la présence de la culture bretonne, par un espace réglé par les pierres levées », « le contexte gaélique, la pierre et la forêt, l’âme celte… »
Le musée de Pont-Aven, dans ses nouveaux atours, et le Domaine de Kerguéhennec en Morbihan, qui conserve déjà le plus important fonds Tal Coat et lui offrira en juin un important parcours permanent d’exposition, se sont associés pour cette exposition rétrospective de 70 œuvres, dont 63 peintures.
À moins d’être un spécialiste du peintre, l’intitulé de l’exposition « Tal Coat en devenir » ne se comprend vraiment qu’en la parcourant, dans un réel état de surprise et d’étonnement face au dévoilement d’une œuvre qui en effet n’a jamais cessé d’évoluer, signe d’un artiste libre pris dans un questionnement perpétuel mais créatif. Tal Coat a toujours été « en devenir » !
D’un travail plutôt figuratif à ses débuts (« Le Masque », « Nu aux bas rouges », « Portrait de Gertrude Stein », « Paysage de Doëlan »), Tal Coat opère peu à peu une transformation dans sa peinture, délaissant les figures et les choses pour donner naissance à un surgissement du monde par la couleur, les pigments éclatants (que Tal Coat finira d’ailleurs par fabriquer lui-même) ponctués de traces et de passages (« Vert dans l’abrupt », « Barre dans le jaune », « Sortant du rocher »). Ses affinités avec l’art pariétal, l’archéologie ou la géologie ne sont pas étrangères à cette profonde mutation. Même s’il demeure bien dans le réel le plus tragique avec sa série des « Massacres » et « Vanités » en 1936-1937, en référence à la Guerre d’Espagne. La période aixoise, puis la période vexinoise, rapprochent un peu plus Tal Coat de l’essence de sa peinture, vers ce fulgurant et coloré dénuement qui fera sa singularité. Il faut compter aussi sur sa grande proximité avec le poète André du Boucher (1924-2001) et le philosophe Henri Maldiney (1912-2013), la pensée de ce dernier entrant en écho avec la démarche du peintre : « Les éléments figuratifs du tableau sont des phénomènes, non des images d’objets ». « La peinture de Tal Coat, écrit encore le philosophe qui devint un des analystes les plus aigus de sa peinture, n’est pas une traduction du phénomène, elle en manifeste l’être. »
Ainsi, en 1947-1948, « Baigneuse dans la cascade » et « Arborescence » semblent les prémices de l’effacement des apparences à venir. On arrive aux œuvres des vingt dernières années où se distingue une grande poésie de la couleur, d’une pureté minimale comme un haïku. « De la peinture concentrée, les sucs de la peinture », analyse Olivier Delavallade, commissaire scientifique de l’exposition et directeur du Domaine de Kerguéhennec. En autodidacte qui avait « senti » la peinture sur les sentiers de Pont-Aven lors de sa jeunesse et l’avait surtout apprise dans les musées, Tal Coat n’était pas un artiste conceptuel. Il exprime d’une façon apparemment provocatrice sa manière de voir en 1964, à une époque où il a largement avancé dans sa quête sereine : « Je deviens de plus en plus figuratif. Ma démarche va toujours le plus possible vers le réel (…) Le réel n’est pas l’idée. C’est le fait de vivre. Mais c’est toujours reporté et, seul, l’instant compte. » On pourra aussi approfondir cette traversée de l’œuvre à travers l’analyse très suggestive, par des rapprochements audacieux (Giacometti, Giono, Fontana), de Jean-Marc Huitorel dans le catalogue de l’exposition (éditions Locus Solus, 25 x 20 cm, 168 pages illustrées, 27 €). Il faut venir vers Tal Coat sans préjugé pour appréhender les enjeux d’un parcours artistique libre. C’est le meilleur moyen d’être captivé par une peinture qui se dévoile à nous comme le peintre l’a dévoilée en soixante ans de création.
Jean-Michel Masqué
Visuels : Tal Coat, Nu aux bas rouges, 1934. Huile sur toile. H. 130 ; l. 163 cm. S.D.b.d. Collection de Bueil & Ract-Madoux, Paris © Thomas Hennocque / ADAGP, Paris 2019.
Tal Coat, Massacres, 1936. Huile sur contreplaqué. H. 25 ; l. 35,5 cm. S.b.d.
Collection particulière, Lyon © Pierre Aubert / ADAGP, Paris 2019.
Tal Coat, Vert dans l’abrupt, 1962 - 1964. Huile sur toile. H. 147 ; l. 147 cm. M.b.d.
Rennes, Fonds Régional d’Art Contemporain, Bretagne © FRAC – Bretagne / Guy
Jaumotte / ADAGP, Paris 2019.
Tal Coat, [Passant], 1957-1958. Huile sur toile. H. 97 ; l. 130 cm. M.b.d. Collection particulière, Lyon © Pierre Aubert / ADAGP, Paris 2019.

Du 1er février au 10 juin 2019
Musée de Pont-Aven
Du mardi au dimanche de 14h à 17h30
Jusqu’à 18h pendant les vacances scolaires et en avril, mai, juin, septembre et octobre
7/7 jours en juillet-août de 10h à 19h
Plein tarif : 8 €
Tél. 02 98 06 14 43
www.museepontaven.fr