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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Tous cannibales

vendredi 18 février 2011

Du 12 février au 15 mai 2011
La maison rouge
10, Bd de la Bastille
Du mercredi au dimanche de 11h à 19h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
Tarif plein : 7€
Tél. 01 40 01 08 81
www.lamaisonrouge.org

- Tous Cannibales, exposition dont le titre est inspiré de la formule « Nous sommes tous des cannibales » de l’anthropologue Claude Levi-Strauss (article paru dans La Repubblica en 1993), se poursuit à Berlin du 28 mai au 18 septembre 2011, dans le lieu récemment ouvert par le collectionneur Thomas Olbricht, Me Collectors Room Berlin.
www.me-berlin.com

L’anthropophagie et ses représentations dans les arts plastiques aujourd’hui (et hier) font l’objet d’une exposition originale à la maison rouge. Un sujet troublant, refoulé voire tabou, aux confins de l’ethnologie, du politique, du magique, de la psychanalyse, de la médecine et de la religion. Pour cette manifestation, la commissaire Jeanette Zwingenberger a choisi de présenter un corpus d’oeuvres réalisées majoritairement par une jeune génération d’artistes, des femmes notamment, qui abordent la cruauté du sujet de l’anthropophagie avec un regard critique, iconoclaste, un imaginaire onirique, de l’humour souvent, un esprit carnassier parfois, sans tomber dans le gore. Leurs créations dialoguent avec une partie historique (dont des œuvres d’Odilon Redon, Lucas Cranach, Rops, Khnopff, Ensor…) témoignant des évolutions et des persistances du thème de l’anthropophagie à travers les âges et la planète. Le parcours déployé en plusieurs chapitres s’ouvre sur des photographies à visée ethnographique et sur des images du cannibale dans l’imaginaire occidental. Mais qui est le cannibale de l’autre ? On entre très vite dans le vif du sujet avec Adriana Varejâo et ses carreaux de faïence qui explosent sous la poussée de viscères, plaies béantes dans les surfaces propres et lisses d’azulejos, caractéristiques de la présence coloniale portugaise au Brésil. Même choc visuel avec la robe en viande de bœuf crue et salée de Jana Sterbak, qui fait de la chair un matériau de création aussi banal qu’un tissu.

Après une classique, mais belle variation autour de Goya et de ses héritiers, tel Yasumasa Morimura détournant le fameux Saturne dévorant ses enfants et jouant lui-même le rôle, l’exposition explore « le corps consommé » au travers des rites sacrés et profanes. Au menu notamment, Messe pour un corps, la performance de l’ancien séminariste, Michel Journiac, dans laquelle ce représentant majeur de « l’art corporel » en France célèbre une messe en latin, puis invite l’assistance à communier avec une hostie particulière : son propre sang transformé en boudin. Patty Chang s’attaque à un stéréotype du corps féminin et l’associe littéralement à une nourriture en se présentant dans Melons avec ces fruits en guise de prothèses mammaires, qu’elle consomme dans un acte d’auto-cannibalisme, une assiette en guise d’auréole telle une Sainte Agathe aux seins coupés. Le parcours se clôt sur le symbolisme et l’ambiguïté des contes, revisités comme ce Hänsel et Brätsel de Frédérique Loutz qui réinterprète le conte de Grimm et le superpose à la légende populaire de l’invention du Bretzel, pain en forme de bras croisés en prière, dont l’artiste a découvert l’origine lors de son séjour à la villa Médicis à Rome. Autant de savoureux et cruels regards artistiques sur le corps, consommable et consommateur.

Catherine Rigollet