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Turbulences dans les Balkans

La Halle Saint-Pierre, qui depuis plus de vingt ans explore les frontières de l’art brut, invite à un voyage dans les Balkans à travers quelque 200 œuvres d’une vingtaine d’artistes atypiques, « outsiders » aux techniques les plus diverses. Leurs peintures, dessins, collages ou sculptures, reflètent leur histoire et celle d’une région marquée de cicatrices laissées par de nombreuses guerres. Un monde toujours bouillonnant, en tension, oscillant sans cesse entre craintes et espoir. Sans lien entre eux autre que géographique (beaucoup de ceux exposés sont Serbes), en dehors de toute école, ces artistes témoignent de leur intériorité, de leur héritage, de leur altérité, avec violence, poésie ou étrangeté.
Il en est ainsi des compositions torturées de Vojislav Jakic (1932- 2003), qui après avoir créé des sculptures en bois intégrant des crânes et des os, s’est ensuite tourné vers le dessin, de manière frénétique, réalisant des milliers de dessins dans sa vie, sur des formats de plus en plus grands, saturant l’espace de petites figures humaines grotesques ou monstrueuses, d’animaux et d’insectes grouillant. Des œuvres hantées par la souffrance et la mort. D’une grande intensité de couleurs, le monde de Ljubisa Jovanovic « Kene » (né en 1956, vit en Serbie), naïf dans sa forme, est plus inquiétant qu’il n’y parait de prime abord. Composé de créatures étranges, de saints et de démons, d’œufs cachant des monstres, il semble tout droit inspiré de l’univers de Jérôme Bosch.
Considéré comme un maitre de l’art naïf yougoslave, Sava Sekulic (1902-1989) a d’abord peint, avec un « certain réalisme », des personnages ou des paysages de sa région natale de Croatie, puis des compositions de plus en plus peuplées de créatures imaginaires, stylisées (Une Fille sur la plage, 1975), mi-humaines mi-animales, de paysages fantastiques et d’allégories. Une peinture inspirée, chargée de spiritualité. Ça plane aussi beaucoup dans le fabuleux monde peuplé d’anges blancs de Vojkan Morar (né en 1966) ; des anges semblables à des nuées d’hirondelles virevoltant au-dessus d’arbres sans feuilles ou de gratte-ciels pointus comme des flèches.
C’est plutôt la pop culture qui influence le roumain Ion Bârladeanu, dit Ion B (né en 1946). Cet ancien SDF à l’époque communiste s’est fait connaître dans les années 2000 grâce à ses collages ironiques ou provocateurs, doublés d’une pointe de surréalisme, tous en lien avec l’actualité du monde –surtout politique-. L’artiste collecte le matériau de son œuvre en découpant les journaux (qu’il lit) et qu’il amasse en fouillant dans les poubelles des rues de Bucarest. Il est aujourd’hui célèbre, au-delà des frontières de son pays, exposé dans de grandes galeries (notamment Galerie Anne de Villepoix à Paris) et filmé dans de nombreux reportages. Un génial naïf.
Catherine Rigollet
Visuels : Ion Barladeanu, dit Ion B, Sans-titre, 2009, collage de papier, 31 x 46.5 cm, Galerie Anne de Villepoix.
Vojislav Jakic, Rêve (détail), 1997, 35 x 50 cm, techniques mixtes sur papier, MNMA
Vojkan Morar, Portrait d’Ange, 2014, 50 x 40 cm, huile sur toile, MNMA.

Du 7 septembre 2017 au 31 juillet 2018
Halle Saint Pierre
2, rue Ronsard – 75018
En semaine de 11h à 18h
Samedi de 11h à 19h et dimanche de 12h à 18h
Plein tarif : 9 €
www.hallesaintpierre.org