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L'agora des arts - Des expositions à paris, en france et à l'étranger

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Andres Serrano dialogue avec les maitres anciens

lundi 20 novembre 2017

Du 7 octobre 2017 au 14 janvier 2018
Petit Palais
Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston-Churchill - 75008 Paris
Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h
Entrée libre
Fermé les 25 décembre et 1er janvier
www.petitpalais.fr

 

Visuels : Andres Serrano, Jewel-Joy Stevens, America’s Little Yankee Miss (série America), 2003. ©Andres Serrano, courtesy de l’artiste et galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles.
Andres Serrano, Salvator Mundi (série Holy Works), 2011. ©Andres Serrano, courtesy de l’artiste et galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles.

Ce n’est pas une exposition. C’est un accrochage, lit-on sur le site du Petit Palais. Le musée a-t-il besoin “d’accrocher” le photographe américain Andres Serrano (né en 1950) -qui vient de faire l’objet d’une exposition à la Maison européenne de la photographie- pour faire découvrir ses collections aux amateurs d’art contemporain ?

Qui a présidé au choix des photos (aucune photo ici tirée des séries les plus sulfureuses) et à leur juxtaposition avec des œuvres d’avant 1914 ?
Serrano se dit artiste chrétien, il vit dans son loft de New York, entouré de mobilier d’église, de statues de saints et de crucifix, il dit utiliser les fluides corporels comme les couleurs d’une palette, et se réclame de la peinture baroque, du chiaroscuro du Caravage en particulier. Il reste marqué aux yeux du public par son Piss Christ, photo impie d’un crucifix plongé dans son urine. Pour un amateur enthousiaste de son œuvre controversé, iconoclaste mais incandescent, il y a un vrai motif de déception : l’éparpillement des œuvres dans les collections permanentes du musée, résultat du principe de cet accrochage.

Serrano travaille par séries de grands formats, gros plans frontaux, dans lesquelles il essaye de trouver des réponses à ses questions sur l’homme dans la société, la violence, le sexe, la religion. Pour capter sa philosophie et son implication dans l’exploration d’une thématique, ou son empathie, voire sa tendresse, pour ses modèles, il faut être confronté à ses séries complètes, qu’elles soient basées sur une technique (Bodily fluids), empruntes de spiritualité (Holy Works), oniriques (The interpretation of Dreams) ou sociologiques (Nomads, America), pour n’en citer que quelques-unes.

Il n’en est pas moins qu’on peut apprécier certaines juxtapositions, presque évidentes, jouant sur le contraste, la similarité ou l’émotion : John (série Nomads), 1990, figure quasi apostolique côtoie un Charles Garnier, dans un débraillé artistique, sculpté par Carpeaux. Une immersion (dans du lait et de l’eau, précisons le), White Christ, 1989, et une photo d’une Vierge blanche avec un Christ couronné d’épines noir, The other Christ (série The Interpretation of Dreams), 2001, (on peut penser aux publicités d’Oliviero Toscani pour Benetton) entourent protectivement deux madones avec enfant de Della Robbia. Et le dialogue est presque trop efficace entre Ryan McMahon and Shelley Cornelia McMahon (série The Residents of New York), 2014 et le Sans asile, 1883, toile naturaliste et bien académique de Fernand Pelez.

Ne manquez pas les deux clins d’œil à l’actualité. Donald Trump, 2001, de la série des portraits d’américains de tout poil au lendemain du 11 septembre, trône joyeusement sur les cimaises ainsi que Salvator Mundi, 2011 alors que le prix de vente de la toile éponyme de Leonard de Vinci vient de faire les unes du monde entier. Pas sûr que dans ce dialogue, Serrano, utilisé comme faire-valoir, ne sorte pas vainqueur, tant ses photos lumineuses, intrigantes et d’un esthétisme raffiné monopolisent le regard.

On peut ne pas aimer ce parti pris de course au trésor, mais il faut reconnaitre que chaque photo (il y en a une quarantaine) offre un vrai moment de plaisir.

Elisabeth Hopkins