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Expo à Paris

Anselm Kiefer. Für Andrea Emo

Sur certaines toiles, la couche de plomb en fusion que Kiefer a fait couler dessus et qui s’est solidifiée laisse entrevoir un paysage ou le scintillement d’une surface d’eau dont il révèle la beauté cachée. Sur d’autres, elle s’étale en fine dentelle comme les deux ailes noires d’un ange démoniaque, sur d’autres enfin, elle s’enroule comme une gigantesque feuille, se décollant de la toile, s’arrachant à la matière picturale.

On pense à tout ce que le plomb évoque, espoir d’or pour les alchimistes, mais aussi Années de plomb…Kiefer, grand adepte de ce métal malléable, mais pesant (les toiles pèsent jusqu’à 400 kgs), évoque ici « un pansement de plomb qui ne peut plus être détaché de la peau de peinture et qui lui redonne une nouvelle vie ». Après la destruction, la résurrection. On a bien compris que l’œuvre de Kiefer va bien au-delà de la peinture. Et on se souvient de ses tableaux de terre brûlée, de ses livres calcinés, mais aussi de ses paysages de champs refleurissant, exposés dans la grande rétrospective 2015-2016 au Centre Pompidou.

Dans cette vingtaine de nouveaux tableaux, souvent monumentaux, et trois imposantes sculptures mises en vitrine, dont la puissance et l’intensité sont démultipliées dans l’immense espace de la galerie Thaddaeus Ropac à Pantin, Anselm Kiefer poursuit son exploration du thème de la sédimentation du souvenir.
Avec toujours autant de sublime violence, il accumule la matière picturale, les éléments organiques, les objets symboliques puisés dans son « arsenal », (ici le serpent à la fois péché, sagesse, fertilité, fécondité) et comme toujours les références à la philosophie et à la littérature. Autant d’indices révélant les questionnements existentialistes de cet artiste, né le 8 mars 1945 dans l’Allemagne nazie, d’un père officier dans la Wehrmacht, et qui ne veut -ou ne peut- rien oublier des horreurs de l’Histoire et des plaies restées ouvertes dans sa mémoire.

C’est au philosophe italien Andrea Emo (1901-1983) qu’Anselm Kiefer dédie cette nouvelle série. À ce penseur aux réflexions nihilistes, qui a choisi la voie de la réclusion et de l’auto-exclusion du monde académique, et dont l’écriture sous forme de fragments et de notes trouve écho chez Kiefer pour qui un tableau éteint toujours le suivant, dans un « mouvement constant d’abolition de soi et de renaissance ».

Catherine Rigollet

Visuels : Anselm Kiefer, Serpent au paradis, 1991-2017. Huile, émulsion, acrylique, gomme-laque, plomb, métal, plâtre et feuille d’or sur toile, montée sur bois. 190 x 280 x 42 cm. Photo l’Agora des Arts.
Anselm Kiefer, Paysage écorché, 2014-2017. Huile, émulsion, acrylique, gomme-laque, plomb et métal sur toile montée sur bois. 280 x 380 x 47 cm. 330 kgs. © Anselm Kiefer, photo Georges Poncet. Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, London · Paris · Salzburg © Anselm Kiefer.
Vue de l’exposition Anselm Kiefer, Für Andrea Emo, Galerie Thaddaeus-Ropac. Photo L’Agora des Arts.
Anselm Kiefer, Les Argonautes, 2017. Verre, métal, bois, toile de jute, argile, feuille d’or. 292 x 570 x 230 cm. © Anselm Kiefer, photo Georges Poncet. Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, London · Paris · Salzburg © Anselm Kiefer

Archives des expos à Paris
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Du 11 février au 31 mai 2018
Galerie Thaddaeus Ropac – Pantin
69, Avenue du Général Leclerc
Du mardi au samedi, 10h-19h
Entrée libre
www.ropac.net