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Expo à Paris

Derain. La décennie radicale, 1904-1914

Émulation, stimulation, voire amicale concurrence avec ses contemporains ont façonné l’œuvre multiforme d’André Derain (1880-1954), peintre d’avant-garde, Fauve audacieux ou Cubiste éphémère, sculpteur ou photographe (première inspiration de ses peintures). C’est cette constante remise en question de lui-même, pendant la décennie précédant la première guerre mondiale, qui est mise en scène au Centre Pompidou, jusqu’au 29 janvier 2018.

Il y a d’abord les paysages colorés peints aux côtés de Vlaminck à Chatou (1903-1904) – prise de distance vis à vis de l’impressionnisme – et son travail “fauve” aux côtés de Matisse, sur les mêmes thèmes, à Collioure à l’été 1905 (le terme "fauve" ne surgira au Salon qu’à l’automne de la même année). Des vues de la montagne, de la mer, caractérisées par des couleurs cloisonnées, des touches longues et des à-plats de couleurs toujours vibrantes. L’année suivante, Derain répond à la commande d’Ambroise Vollard avec des vues londoniennes (1906-1907). Ces toiles plus colorées que brumeuses, peintes à son retour à Paris sur la base de notes et croquis minutieux, prouvent son besoin de concurrencer les vues de la Tamise de Monet exposées avec succès chez Durand-Ruel en 1904.

La Danse, 1906 (accompagnée ici par les aquarelles préparatoires) en écho aux compositions tahitiennes et édéniques de Gauguin, ou encore Les Baigneuses, 1908, résultat de son approche, avec son ami Picasso, des volumes déconstruits de Cézanne, révèlent un Derain toujours prêt à expérimenter. Mais la tentation cubiste ne durera pas, comme l’illustrent quelques portraits hiératiques et les paysages réalistes datant de son voyage en Espagne avec Picasso en 1910.

La Chasse [L’Âge d’Or (paradis terrestre)], 1938-1944, grande toile allégorique en fin de parcours tente de répondre à l’interrogation de l’artiste, « Comment peindre après tout ce que nous avons vécu, de l’impressionnisme à l’abstrait ? »

Toiles, photographies, sculptures et œuvres sur papier permettent donc de redécouvrir les nombreuses facettes stylistiques de celui que Gertrude Stein, vers 1930, qualifiait de « aventurier de l’art, Christophe Colomb de l’art moderne », mais que le public, toujours prompt à juger les prises de position pendant l’Occupation, relégua au second plan pour son acceptation d’un voyage en Allemagne nazie. Par chance, on peut aussi voir, jusqu’au 29 octobre 2017, d’autres œuvres de Derain au Musée d’Art Moderne dans un compagnonnage curatorial avec Balthus et Bacon.

Elisabeth Hopkins

Archives des expos à Paris
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Du 4 octobre 2017 au 29 janvier 2018
Centre Pompidou
Ouvert tous les jours sauf le mardi
De 11h à 21h, nocturne le jeudi jusqu’à 23h
Entrée : 14€
www.centrepompidou.fr
 
Visuel page expo : Derain, Baigneuses, 1908, huile sur toile, 180 x 230 cm. Galerie nationale, Prague © adagp, Paris 2017.
Derain, Big Ben, 1906, huile sur toile. Musée d’art moderne, Troyes. Collections nationales Pierre et Denise Lévy. Photo L’Agora des Arts.
Visuel page d’accueil : Derain, Baigneuses, 1907. Huile sur toile. The museum of Modern Art, New York. William S. Paley and Abby Aldrich Rockefeller Funds. Photo L’Agora des Arts.