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Otto Dix et Le Retable d’Issenheim

vendredi 7 octobre 2016

Otto Dix – Le Retable d’Issenheim
Du 8 octobre 2016 au 30 janvier 2017
Musée Unterlinden
Place Unterlinden – 68 000 Colmar
Tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 18h
Nocturne le jeudi, jusqu’à 20h
Tarif plein : 13€ (musée + expo)
Tél. 03 89 20 15 51
www.musee-unterlinden.com

On ne connait souvent d’Otto Dix (1891-1969), peintre affilié à la Nouvelle Objectivité à l’instar de Beckmann et Grosz, que ses portraits acerbes, comme celui de la journaliste Sylvia von Harden à la robe à carreaux noirs et rouges et au monocle ( Centre Pompidou) ; et bien sûr ses représentations des horreurs de la Guerre de 14-18, dans laquelle il s’est engagé.
Le musée Unterlinden à Colmar nous révèle un artiste grand lecteur de Nietzsche, peu croyant, mais qui n’a cessé de s’inspirer du Retable d’Issenheim, ce chef-d’œuvre peint par Mathias Grünewald (1512 – 1516), pour produire des œuvres parcourues par Eros et Thanatos, par la mort et la renaissance.

Dans la nouvelle salle cathédrale du musée Unterlinden agrandi depuis janvier 2016, cent-dix œuvres réunies autour d’un cube central affichant des reproductions du Retable d’Issenheim éclairent les visiteurs sur les liens étroits entre les peintures de Grünewald et leurs réinterprétations par Otto Dix. Une fascinante mise en parallèle. S’il n’est pas certain qu’Otto Dix ait pu admirer le Retable lorsque ce dernier fut présenté à Munich entre 1917 et 1919, il est sûr en revanche que le peintre a pu voir des reproductions de ce polyptyque à cette époque.

Comme tous les nombreux artistes fascinés par l’œuvre de Grünewald, c’est la crucifixion tout particulièrement que Dix transpose dans ses nombreuses peintures et gravures en 1913 et 1914 (Pietà, Crucifixion ou encore Descente de Croix) aux corps martyrisés. C’est l’œuvre de Grünewald encore qui infuse les scènes de combats, tel Triptyque de La Guerre (1929-1932), une œuvre percutante au réalisme effrayant, conservée à Dresde, qui n’a pas été prêtée pour l’expo car trop fragile, mais qui est montrée à Colmar sous forme de croquis et de reproductions.
Ou encore cet immense Flandres (1934-1936), d’après Le Feu de Henri Barbusse, soldat et écrivain français qui avait préfacé dix ans auparavant le livre des gravures de La Guerre (1924) de Dix. Pour toutes ces œuvres des années 1920-30, Dix peint sur des panneaux en bois et utilise la technique de la tempera (peinture à l’œuf sur laquelle sont superposées des couches de glacis à l’huile), proche de celle employée par les maîtres anciens, et en particulier par Grünewald. Il ne reviendra à la peinture à l’huile sur toile qu’après 1944.

En 1933, taxé d’artiste « dégénéré » par les autorités du IIIe Reich, Otto Dix dont près de 260 œuvres ont été confisquées, s’est retiré à Hemmenhofen, sur les bords du lac de Constance, et tente de se faire oublier. Il se met à peindre de surprenants paysages, avec des arbres étouffés par les lianes, des couleurs inouïes rose, jaune, bleu turquoise, rouge...dans un style proche du kitsch, comme ce fameux Orage aux monts des Géants (1942). Un tableau dont on avait perdu la trace, retrouvé dans la collection Sander à Darmstaden en Allemagne, après un avis de recherche lancé par le musée de Colmar en vue de l’exposition. Il intègre parfois des scènes tirées de la Bible qu’il considère comme une mine d’iconographies et d’allégories. Ainsi ce Saint Luc peignant la Vierge (1943), une vache couchée à ses côtés.

Dans cette période, on a bien du mal à reconnaître l’Otto Dix des débuts, comme si l’on se trouvait face à un autre peintre. Heureusement une parenthèse. Après avoir été enrôlé en 1945 (il a alors 53 ans), et fait prisonnier par les Alliés à Colmar, il est de retour en Allemagne, en 1946. Retrouvant la puissance et la dramaturgie de son style expressionniste, il va peindre des toiles exorcisant l’humiliation subie dans le camp de prisonnier et dans lesquelles resurgissent à nouveau l’ombre du Retable d’Issenheim. Ainsi ce Job (1946) supplicié, couvert de pustules à l’instar du pauvre hère mourant du mal des ardents ou feu de saint Antoine (maladie de l’ergot de seigle) peint par Grünewald. D’ailleurs, Otto Dix écrit en septembre 1944 à son ami Ernst Bursche : « (...) ces vingt dernières années j’ai peint d’un pinceau beaucoup trop délicat, et maintenant je reviens à l’époque de mon premier Tableau de Guerre (Tranchée, ndlr), donc, une sorte de libération est en train de se produire. »

Orchestrée par la commissaire Frédérique Goerig-Hergott, cette passionnante exposition, (labellisée « d’intérêt national »), qui célèbre aussi les 500 ans du Retable d’Issenheim et le 125e anniversaire de la naissance d’Otto Dix dont le musée possède huit œuvres, est la première monographie d’Otto Dix de cette ampleur en France depuis près de 20 ans. Elle prend tout son sens au musée d’Unterlinden, écrin du fabuleux Retable peint par Grünewald.

Catherine Rigollet

- Le catalogue (édition Hazan, 264 pages, 35€) préfacé par Pantxika De Paepe, Conservateur en chef du Patrimoine et Directrice du Musée Unterlinden, consacre un chapitre au Retable d’Issenheim.

Visuels page expo : Otto Dix, Pietà, 1913. Huile et bronze doré sur carton marouflé sur Novopan. 50,3 x 49,5 cm. Collection particulière © Kunstammlungen Chemnitz – museum Gunzenhauser ©Adagp, Paris 2016.
Otto Dix, Tentation de saint Antoine, 1944. Technique mixte sur toile marouflée sur panneau. 104 x 120 cm. Otto Dix Stiftung, Vaduz.
Otto Dix, Job, 1946. Gera, Kunstammlung – Dépôt de la Otto Dix Stiflung, Vaduz.
Grünewald, Retable d’Issenheim, L’Agression de saint Antoine par les démons (détail).