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Expo à L'étranger

Venise : 57ème biennale. "Viva arte viva"

Des bonnes surprises et des bémols !

Une biennale « avec les artistes, par les artistes, et pour les artistes » a déclaré Christine Macel, conservateur en chef au Centre Pompidou et commissaire de cette 57ème biennale. Plus d’une centaine d’artistes se partagent, aux Giardini et à l’Arsenal, les pavillons nationaux, le pavillon international et les neuf pavillons à thèmes fourre-tout (pavillon des couleurs, des chamanes, du temps et de l’infini, etc…).

Il a été beaucoup écrit sur les pavillons et nous ne vous offrirons ici qu’un florilège très subjectif. Aux Giardini, quelques déceptions : Anne Imhof, l’artiste du pavillon allemand, a reçu le Lion d’Or mais la performance qu’elle offre n’a lieu que quelques heures par jour et n’avait pas lieu lorsque nous avons arpenté les sols de verre. Difficile de se faire une opinion. Dans le pavillon français, Xavier Veilhan a installé un studio d’enregistrement. Qu’on m’explique ce qui était français ou artistique dans ce chaos d’okoumé blond ponctué par un équipement sophistiqué (y compris un piano de concert) sur lequel se dépensaient à ce moment là deux musiciens techno.

De bonnes surprises aussi. Au pavillon suisse où se célèbre l’absence de Giacometti qui refusa toujours de représenter son pays à Venise, un film, mixant fiction et réalité, recrée la liaison de Giacometti avec une jeune sculptrice américaine, Flora Mayo, en faisant intervenir son fils de 82 ans. Serait-il aussi le fils du sculpteur ? Au pavillon australien, au cœur des narrations photographiques de Tracey Moffatt, il faut trouver une petite vidéo juxtaposant, à la Christian Marclay (co-commissaire du pavillon français par ailleurs), des extraits de films connus (visages de stars regardant à la fenêtre) et des vues pixelisées d’un bateau de migrants pris dans la tempête. Pas de pathos, mais une belle violence. Côté amusement, Erwin Wurm, au pavillon autrichien, incite à créer sa propre performance, à devenir sculpture vivante en prenant la pose recommandée sur divers objets : un camion posé sur sa calandre (oui, oui !), une valise, une caravane. Enfin, au pavillon égyptien, Moataz Nasr, de l’écurie de la Galleria Continua, offre un superbe et émouvant polyptyque vidéo, The mountain, tourné dans un village égyptien sur le clash des traditions et de la modernité, la position de la femme dans la société, et sur l’infime frontière entre croyances et superstitions.

À l’Arsenal, au pavillon italien, on est soufflé par l’installation de l’un des trois jeunes artistes invités, Roberto Cuoghi. Des squelettes crucifiés au mur dans une danse digne du bal des Ardents, ou prêts à être disséqués, dans les chapelles d’une immense cathédrale de plastique transparent. Une magnifique cruauté. Pardon pour l’oxymore.
Le cheval blanc monumental de Claudia Fontes, au pavillon argentin (The horse problem, 2017) n’est pas sans rappeler les fringants destriers des campi venitiens. Il est surtout une métaphore pour la liberté perdue par les animaux que nos civilisations ont domestiqués. Il s’envole vers la liberté mais reste attiré par la main de l’homme (une jeune fille lui flatte les naseaux) qui l’a conquis et asservi. Au pavillon sud-africain, Mohau Modisakeng présente une installation vidéo sur trois écrans, Passage (2017), trois barques, verticales comme des cercueils, occupées par une seule personne, sombrent inéluctablement on ne sait où, encore dans le port ? En mer ? Saisissante référence aux drames qui secouent le monde méditerranéen. Autre prise de conscience, au pavillon chilien, avec une installation de mille masques utilisés par la communauté Mapuche. Une fois de plus, on s’interroge devant la frontière de plus en plus ténue entre art contemporain et les objets rituels qu’il s’approprie.

Comme à chaque Biennale, on a cherché le pavillon irakien, toujours émouvant. Cette année, il occupe un étage du Palazzo Cavalli-Franchetti, près du pont de l’Academia. Dans le dialogue entre œuvres d’artistes irakiens des 20ème et 21ème siècles et objets millénaires, on saisit la dualité de ce pays pris en étau entre la modernité (violente, hélas) et son riche passé mésopotamien.

Une biennale un peu décevante, sans humour, et qui retient surtout lorsqu’elle se fait témoin de la catastrophe humaine qui couvre de honte le monde occidental.

Elisabeth Hopkins

Visuels : Mohau Modisakeng, Passage, 2017, vidéo. Pavillon sud-africain © Mohau Modisakeng.
Roberto Cuoghi, Imitazione di Cristo. Détail de l’installation. Pavillon italien. Photo : D.R.
Claudia Fontes, The Horse problem, 2017. Pavillon argentin © Claudia Fontes.

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Infos pratiques
Biennale de Venise, 57ème édition
Du 13 mai au 26 novembre 2017
Aux Giardini, à l’Arsenale et dans divers lieux dans Venise
Giardini : 10h à 18h, fermé le lundi
Arsenal : 10h à 18h, fermé le lundi, ouvert jusqu’à 20h les vendredis et samedis jusqu’au 30 septembre.
Les deux sites seront ouverts les lundis 14 août, 30 octobre, 20 novembre.
Entrée pour 2 jours consécutifs : 30 €
http://www.labiennale.org
 
- À voir aussi à Venise : Damien Hirst. Treasures from the Wreck of the Unbelievable.. Jusqu’au 3 décembre 2017. Palazzo Grassi.