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Antony Gormley

On buterait presque sur ce qui semble un ballotin de fonte abandonné sur la pierre froide de la cour de la Royal Academy. Vu de près, c’est une réplique du petit corps lové sur lui-même de la fille de l’artiste à l’âge de six jours (Iron Baby, 1999). Un tendre préliminaire aux œuvres d’Antony Gormley (né en 1950) qui occupent douze salles de Burlington House. Gormley, dont la marque de fabrique est d’utiliser son propre corps comme outil et comme sujet, nous en offre 24 moulages de fonte, pieds collés à la verrière du plafond, aux murs, où, plus discrètement car ils se mêlent au public nombreux, au plancher. Un magnifique et aérien brouillage de notre perception de la gravité (Lost Horizon I, 2008). La salle la plus vaste héberge un formidable nuage de tiges de fer horizontales et verticales, en réalité des cages imbriquées. Sans avoir les rondeurs d’un nuage, il a pourtant en son centre une concentration de tiges qui le rendent orageux et oppressant quelques centimètres au-dessus de nos têtes (Matrix III, 2019). Il symbolise notre habitat souvent déshumanisant, (On ne peut s’empêcher de penser aux barres d’armature installées dans cette même salle par Ai WeiWei, en 2015, pour honorer les enfants victimes du séisme au Sichuan en 2008.)
À la rigidité presque inquiétante de ce nuage carré, s’oppose le “dessin dans l’espace” de Clearing VIII, 2019. Trois kilomètres d’orbes d’aluminium entremêlées de mur à mur, du sol au plafond. Œuvre immersive par excellence que l’on doit traverser pour voir une silhouette, tête baissée, organes et muscles stylisés par de courtes barres de métal en maillage serré. La solitude glacée du personnage est tangible (Subject II, 2019).
On voit le plus souvent Gormley en extérieur : sur des plages, des toits d’immeuble, en pleine nature. On a donc la chance de découvrir ici de multiples œuvres sur papier, forme de méditation quotidienne pour l’artiste qui précise que ce ne sont pas des esquisses. On y retrouve son intérêt persistant pour le corps humain et sa relation à l’espace (Headway, 1989), exploration servie par des techniques variées, telles que huiles, colle de peau de lapin, caséine, terre rouge, cette dernière utilisée pour rendre la vastité des horizons australiens.
Le sol de la dernière salle est recouvert d’argile et de quelques centimètres d’eau (Host, 2019). L’installation laisse rêveur : est-il vraiment nécessaire d’amener un plan d’eau sous les lambris dorés de la Royal Academy ? Même si elle doit symboliser une montée des eaux drastiques due aux changements climatiques.
Oublions ce bémol. Pour mettre au défi nos perceptions spatiales, Gormley sait déborder les limites de son corps-modèle exploité sous de multiples formes et explorer l’espace qui l’entoure, tout en nous offrant de la beauté et de l’intelligence.
Elisabeth Hopkins
Visuels page expo : Antony Gormley, Clearing VIII, 2019. Photo : E.H
Antony Gormley, Lost Horizon I, 2008 (détail). Photo : E.H
Visuel vignette : Antony Gormley, Iron Baby, 1999

Du 21 septembre au 3 décembre 2019
Royal Academy of Arts
Burlington House, Piccadilly
London W1J 0BD
Ouvert tous les jours, de 10h à 18h
Nocturnes les vendredis et samedis jusqu’à 22 heures, excepté le 23 novembre.
Entrée : de 18 à 22 livres (selon le jour de la semaine)
www.royalacademy.org.uk