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La Beauté des Lignes. Chefs d’œuvre de la collection Gilman et Gonzalez-Falla

De Eugène Atget à Hiroshi Sugimoto


Peut-être était-ce la présence de Sondra Gilman et Celso Gonzalez-Falla qui a fait de cette visite un moment privilégié. On les sentait heureux de parler de leur collection, de leur façon d’acheter (sans se faire conseiller, uniquement des originaux, et un coup de cœur pour eux deux), de leur gestion (pas de revente d’œuvres, elles iront à leur Fondation), de leurs relations avec les photographes (pas d’amitié suivie qui pourrait influer leur prochain achat).
Sondra Gilman collectionnait peinture et sculpture jusqu’en 1974 où elle eut un véritable coup de foudre pour trois photos d’Eugène Atget vues au MoMA de New York, elle qui ne connaissait rien à la photo. Le début d’une vraie passion, partagée quelques années plus tard avec son second époux, matérialisée par quelque 1500 photos choisies pour leur poésie, leur étrangeté ou leur apparente banalité, ou leur impact visuel.
Le Musée de l’Élysée de Lausanne, initiateur de cette exposition, a suggéré de prendre la ligne pour thème et a sélectionné 126 photos en noir et blanc principalement, où la ligne, droite, courbe ou abstraite, complémente le cadrage, la lumière, le sujet pour donner à la photo la toute-puissance de son impact visuel. Cerise sur le gâteau ici, les trois photos parisiennes d’Atget.
La photographie documente, informe ou fait rêver. Et la thématique de la ligne s’y plie bien. Verticalité et parallélisme des lignes caractérisent la photo documentaire des années 30. L’exploit technologique est célébré, que ce soit le pont new-yorkais de Margaret Bourke-White ou l’ouvrier perché sur les poutres métalliques de l’Empire State Building de Lewis Hine (On the Hoist, 1931). Aux paysages foisonnants, s’oppose la nature bien ordonnée, verticale, des arbres californiens d’Ansel Adams ou ceux, lunaires, d’Augusto Cantamessa. En revanche, la commissaire nous permettra de n’être pas vraiment convaincus par la ligne droite supposée sous-tendre les photos humanistes de Nan Goldin ou Larry Clark.
Corps et plantes permettent tout un jeu de courbes. Déstructuré, vu dans son entièreté ou détaillé, en gros plan, le corps permet une photo esthétique, qui séduit le regard et flatte le modèle (affectueux Portrait of Mother, 1922 de Rodtchenko) alors que les fleurs se chargent d’une odorante sensualité. Quant aux lignes dites abstraites, elles permettent d’oblitérer le réel, de se fondre dans un espace onirique, de réfléchir au medium sans se soucier de l’objet représenté, comme le superbe Book with wavy pages, 2001 d’Abelardo Morelli.
En imposant une thématique (vaste, il faut le dire) à une collection d’une telle qualité, à laquelle les collectionneurs ne voulaient donner comme seul critère de sélection que leurs coups de cœurs, comme fil rouge leurs seules émotions, le commissariat trahit-il l’esprit de la collection ? Non, affirment les collectionneurs eux-mêmes, avouant qu’ils voient depuis la photo d’un autre œil.
Cette formidable collection vaut bien une expédition à la propriété Caillebotte avec sa maison restaurée à la mode des années 1860-1870, quand la famille du peintre y habita, son parc, ses “fabriques” et ses bords de Yerres, si chers à Caillebotte.
Elisabeth Hopkins
Visuels : Laurent Elie Badessi (1964) Man’s Back, Horse’s back, Camargue, France, 1994 @ Laurent Elie Badessi.
Abelardo Morell (1948), Book with Wavy Pages, 2001 @ Abelardo Morell/Courtesy of the artist and Edwynn Houk Gallery, New York et Zurich.
Augusto Cantamessa (1927-2018), Breve Orizzonte, 1955 - @ Augusto Cantamessa/Galleria Losano, aimable concession de Bruna Genovesio et Patrick Losano.

Du 15 septembre au 2 décembre 2018
Propriété Caillebotte - Yerres (91)
Du mardi au dimanche et jours fériés
De 14h à 18h30
(Le parc est ouvert tous les jours et gratuit)
Entrée : 8 €
www.proprietecaillebotte.com