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La collection Courtauld, le parti de l’impressionnisme

La Fondation Louis Vuitton s’est fait une spécialité d’accueillir les collections mondiales les plus prestigieuses qui abritent des œuvres iconiques de l’histoire de l’art. Après la collection Chtchoukine en 2016 et celle du MoMA en 2017, c’est à nouveau le cas avec la collection Courtauld, particulièrement connue pour sa collection de peintures impressionnistes et postimpressionnistes françaises, qui n’avait pas traversé la Manche depuis sa première et dernière présentation en France en 1955 au musée de l’Orangerie.
Bernard Arnault, président de la Fondation, tient à s’inscrire dans la lignée de « ces collectionneurs visionnaires et généreux qui ont réuni des ensembles si forts et emblématiques qu’ils marquent l’histoire de l’art. » Dans son avant-propos au catalogue de l’exposition, il souligne son intention en présentant la démarche de Samuel Courtauld (1876-1947) comme « un pionnier et un modèle de mécénat privé », démarche qui « ne manque pas d’inspirer notre propre engagement », ajoute le patron de LVMH. Il n’est d’ailleurs pas fortuit que soit proposée au même moment dans le « vaisseau » de Frank Gehry une nouvelle sélection d’œuvres de la collection de la Fondation intitulée « Le parti de la peinture ».
L’exposition Courtauld a en effet la double vertu de donner à voir des chefs-d’œuvre de la peinture française (110 peintures et œuvres graphiques impressionnistes et postimpressionnistes) ainsi que dix aquarelles de Turner et de sortir de l’ombre la saga de Samuel Courtauld, issu d’une famille huguenote française exilée en Grande-Bretagne après la révocation de l’édit de Nantes. Un industriel et mécène qui constitua sa collection en très peu d’années, principalement entre 1923 et 1929, à rebours du goût et du conservatisme anglais de l’époque. Car ces toiles que nous considérons aujourd’hui à l’évidence comme des chefs-d’œuvre n’étaient pas envisagées de la sorte au début du XXe siècle en Grande-Bretagne et ailleurs dans le monde, sauf par quelques spécialistes et amateurs particulièrement sensibles et clairvoyants, comme Samuel Courtauld et son épouse Elizabeth qui furent complices dans cette audace de collectionneur et cette œuvre de mécénat : création du Fond Courtauld à la National Gallery (1923) puis de l’Institut Courtauld (1932), à la fois dépôt de la collection et centre d’enseignement de l’histoire de l’art et de la conservation des œuvres. Sur la vision de sa « mission » sur terre, voilà ce qu’écrivait Samuel Courtauld quelques années avant sa mort : « Ceux qui reçoivent la faveur de la fortune - et aucun honnête homme ne peut acquérir de la richesse sans l’aide de la chance - doivent utiliser leur argent non seulement pour leur propre plaisir, mais aussi pour faire avancer les causes de la civilisation. Par exemple, ils peuvent soutenir l’art, la musique, l’érudition et la science par l’utilisation de moyens originaux et appréciables, qui sont susceptibles de faire peur aux institutions publiques. Puis, je pense, la valeur pour la société de ces hommes sera reconnue par tous. »
Le parcours de l’exposition semble converger vers la salle des Cézanne, pour l’œuvre duquel Courtauld eut un tel coup de cœur qu’il contribua à la faire connaître et reconnaître en Grande-Bretagne où elle était négligée avant lui. Nature morte à l’Amour en plâtre est sa première acquisition puis La Montagne Sainte-Victoire au grand pin et l’une des cinq versions de Les Joueurs de cartes. Avant Cézanne, c’est Un Bar aux Folies-Bergère qui accroche, dès la première salle, le regard du visiteur qui l’a si souvent vue reproduite mais qui peut se confronter là directement à cette étonnante composition du dernier Manet. De magnifiques Renoir, Monet, Pissarro, Sisley, Degas se succèdent avant la salle des Seurat, l’autre point fort de la collection avec son unique portrait majeur Jeune femme se poudrant ou le dessin Nu féminin d’un sombre érotisme. Courtauld fut aussi un collectionneur avisé de dessins comme le montre cette sélection de Toulouse-Lautrec, Cézanne, et même Matisse et Picasso que Courtauld ne vénérait pas particulièrement. Dans une des dernières salles, Gauguin côtoie Van Gogh : Te Rerioa et Nevermore si près de Champ de blé avec des cyprès et de Autoportrait à l’oreille bandée ! On remarque aussi huit gravures de la série Noa Noa de Gauguin, rarement montrées. Les délicates aquarelles de Turner (comme ce chien hurlant à la mort sur une plage) mettent un point final à cette visite enchanteresse qui réunit tant de chefs-d’œuvre. Une belle façon de rendre hommage à l’idéal de démocratisation de l’art cher à Samuel Courtauld.
Jean-Michel Masqué

Du 20 février au 17 juin 2019
Fondation Louis Vuitton
8, avenue du Mahatma Gandhi (Paris, 16e, Bois de Boulogne)
Lundi, mercredi et jeudi de 11h à 20h
Vendredi de 11h à 21h, nocturne le premier vendredi du mois jusqu’à 23h
Samedi et dimanche de 10h à 20h
Fermé le mardi
Vacances de printemps : tous les jours de 10h à 20h
Plein tarif : 16 €
Tél. 01 40 69 96 00
www.fondationlouisvuitton.fr
 
Visuels : Paul Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire au grand pin, vers 1887. Huile sur toile, 66,8 x 92,3 cm.
Vincent van Gogh, Autoportrait à l’oreille bandée, 1889. Huile sur toile, 60,5 x 50 cm.
Joseph Mallord William Turner, Dawn after the Wreck, 1841. Aquarelle, 36,8 x 25,1 cm.
© photos : The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust).