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Expo à Paris

Léonard de Vinci. Génial curieux

Après moult atermoiements et tensions diplomatiques, L’Homme de Vitruve (dessin conservé à Venise) est finalement sur les cimaises de la grande exposition Léonard de Vinci au Louvre qui, cinq-cents ans après sa mort (1452-1519), rend hommage à son génie.

Cette grande rétrospective qui nécessita dix ans de préparation réunit 162 œuvres, dont dix tableaux de Vinci (le onzième, La Joconde, trop fragile pour être déplacé) et des dizaines de dessins et manuscrits, issues des plus prestigieuses institutions européennes et américaines. Rappelons que Léonard, qui ne se sépare jamais d’un crayon et produit des centaines de dessins et manuscrits souvent illustrés, ne peindra qu’une quinzaine de tableaux, dont cinq sont au Louvre (La Vierge aux rochers, la Belle Ferronnière, la Joconde, le Saint Jean Baptiste et la Sainte Anne). Il est vrai qu’en grand perfectionniste, l’artiste passe en moyenne plus de dix ans sur chacun d’eux. Il travaillera ainsi sans relâche, les vingt dernières années de sa vie sur la Sainte Anne, ce chef-d’œuvre du maître italien montrant Sainte Anne et sa fille la Vierge Marie assise sur ses genoux tenant l’enfant Jésus agrippé aux oreilles d’un agneau. Il lui arrivera aussi de ne pas achever ses tableaux, comme La Joconde qui ne livrera jamais à son commanditaire, l’emportant avec lui en France. Ou comme Saint Jérôme pénitent, à peine ébauché. Peintre, certes, Léonard de Vinci n’était-il pas surtout un immense curieux de la vie ? Cherchant à comprendre les lois qui régissent la nature dans tous les domaines, mais aussi le mouvement, et non plus seulement l’extérieur des formes, mais leur intériorité, comme le révèlent ses milliers de dessins et ses dizaines de carnets.

Au fil du parcours divisé en six grandes parties (Ombre, lumière, relief / Liberté / Léonard à Milan / Science / Vie / Retour à Florence / le départ en France), on suit Léonard de Vinci depuis son adolescence dans l’atelier du grand sculpteur Andrea del Verrocchio à Florence où il apprend les bases de tout ce qui lui sera ensuite utile (de la menuiserie à l’architecture en passant par la peinture), mais surtout où il dessine quantité de draperies, pour maîtriser la forme et le mouvement. Établi ensuite à Milan autour de 1482, il s’attaque aux premières grandes peintures : La Vierge aux rochers, Le Musicien, La Belle Ferronnière. Au service de Ludovic Sforza, il conçoit pour le réfectoire des Dominicains, vers 1497, l’ouvrage qui fait de lui l’un des artistes les plus célèbres de son temps : La Cène. Hélas, la technique de Léonard, fondée sur la transparence de fins glacis à l’huile, est incompatible avec l’humidité des murs, et entraine la ruine immédiate de cette peinture murale de 4,60 m de hauteur et 8,80 m de largeur. Malgré des restaurations, il reste de nos jours très peu de la peinture initiale (évidemment intransportable). Une copie a été réalisée en 1506 par Marco d’Oggiono (en dépôt au musée de la Renaissance à Écouen, restaurée par Virginie Trotignon / https://www.lagoradesarts.fr/Dans-l-atelier-de-Virginie-Trotignon-Aubert.html).
C’est revenu à Florence en 1500 que Léonard de Vinci réalise les plus grandes œuvres de la maturité : La Sainte Anne, le portrait de Lisa del Giocondo, La Bataille d’Anghiari, Le Saint Jean Baptiste

Si cette grande exposition n’apporte aucun nouvel élément sur la vie encore très méconnue de cet artiste aux multiples talents, tout à la fois architecte, dessinateur, peintre, sculpteur, ingénieur, mathématicien, géologue, anatomiste, botaniste, génial inventeur…d’une extraordinaire liberté, elle permet surtout d’apprécier ses talents de dessinateur grâce aux nombreux dessins exposés. De chercheurs aussi avec la présence de dizaine de petits carnets d’études. Elle remet en lumière ses techniques picturales, dont son fameux et délicat sfumato inégalé même par Bronzino, Raphaël ou Ingres et que la restauration de trois tableaux (La Sainte Anne, La Belle Ferronnière et Le Saint Jean Baptiste), a mieux révélé. Cette technique rendue possible par l’utilisation de l’huile, consiste à estomper les contours des compositions en appliquant minutieusement de nombreuses couches de glacis. Grâce aux effets d’ombre et de lumière produits, Vinci évite les contours nets aux visages et corps et renforce leur modelé. Pour mieux comprendre la technique de Vinci, des réflectographies infrarouge de plusieurs de ses peintures, à la même échelle que l’œuvre originale, sont exposées. Si elles révèlent le dessin sous-jacent et les éventuels repentirs, on regrettera leur trop grand nombre (17) n’apportant rien au propos.

L’Italie est bien la patrie de Léonard de Vinci -et tient à le rappeler aujourd’hui-, mais la Rome de Léon X n’a d’yeux que pour Michel-Ange et Raphaël. À l’automne 1516, à l’invitation de François 1er, Léonard part donc pour la France avec dans ses bagages trois précieux tableaux La Joconde, Saint Jean-Baptiste et Sainte Anne, ainsi que ses précieux carnets et codex contenant notes, croquis et ébauches de traités sur des sujets essentiellement scientifiques et techniques. Installé près d’Amboise, au château de Cloux (aujourd’hui Clos Lucé), l’ingénieux Léonard s’attelle aux plans d’une cité idéale commandée par François 1er qui veut éblouir son grand rival Charles Quint. Il passera en France les dernières années de sa vie, bénéficiant de la protection de son royal mécène. Son portrait, une petite sanguine attribuée à Francesco Melzi (vers 1516-1518), le plus fidèle de ses disciplines, qui l’a suivi en France, l’a assisté dans ses derniers moments et a reçu en héritage ses dessins et ses manuscrits, clôt le parcours.

Catherine Rigollet

En sortant, prenez le temps de découvrir la Joconde en réalité virtuelle. Seul avec le chef-d’œuvre, dans un véritable face-à-face avec Mona Lisa et planant même au-dessus du paysage dans lequel elle fut peinte, le visiteur entre dans la préparation de cette célèbre peinture à l’huile sur panneau de bois de peuplier, découvrant sur son revers la dangereuse fissure rendant l’œuvre vulnérable. Une expérience enrichissante et ludique.

Visuels : Léonard de Vinci, Draperie Jabach XIIII. Figure assise. Détrempe sur toile de lin, vers 1475-1482. Paris, Fondation Custodia (photo L’Agora des Arts).
Léonard de Vinci, Portrait d’une dame de la cour de Milan, dit à tort, La Belle Ferronnière. Vers 1490-1497. Huile sur bois (noyer). 63,5 x 44,5 cm. Paris, musée du Louvre. © RMN-Grand Palais / Michel Urtado.
Léonard de Vinci, Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant Jésus jouant avec un agneau, dite La Sainte Anne. Vers 1503-1519. Huile sur bois (peuplier). 168 x 113 cm. Musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René Gabriel Ojéda
Portrait de Léonard de Vinci, sanguine. 31,7 x 23,7 cm. Vers 1515-1518. Attribué à Francesco Melzi (photo L’Agora des Arts).

Archives des expos à Paris
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Du 24 octobre 2019 au 24 février 2020
Musée du Louvre - Hall Napoléon
De 9h à 18h, sauf le mardi
Nocturne mercredi et vendredi jusqu’à 21h45
Tarif unique : 17 €
Réservation obligatoire d’un créneau de visite sur :
www.ticketlouvre.fr
www.louvre.fr

A lire : "Léonard de Vinci. Tout l’œuvre peint", un nouveau regard par Alessandro Vezzosi. Éditions de La Martinière. Parution 25 avril 2019 (https://www.lagoradesarts.fr/-Livres-d-art-selection-de-nouveautes-.html)