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L’art en guerre / France 1938-1947

vendredi 19 octobre 2012

L’art en guerre / France 1938-1947
Commissariat : Jacqueline Munck et Laurence Bertrand Dorléac
Du 12 octobre 2012 au 17 février 2013
11 avenue du Président Wilson - 75116 Paris
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le jeudi de 10h à 22h (seulement les expositions)
Fermé le lundi et les jours fériés
Plein tarif : 11 €
Tél. 01 53 67 40 00
www.mam.paris.fr

 

 

Le Musée présente également :

- Roman Ondák, 28 septembre - 16 décembre 2012
- Bertille Bak, 28 septembre - 16 décembre 2012
- La collection Michael Werner, 5 octobre 2012 - 3 mars 2013

Paris, 17 janvier 1938, l’Exposition internationale du Surréalisme est un feu d’artifice de libre créativité et une réponse à l’exposition sur « l’art dégénéré » de juillet 1937 à Munich. Breton, Dali, Duchamp, Eluard, Ernst, Man Ray…ils sont tous là. En guise de décoration Duchamp a accroché des centaines de sacs de charbon au plafond, un acte à la fois très Dada et prémonitoire. Très politisés, les surréalistes ont très tôt pris conscience que le fascisme était en train de l’emporter. Reprise dès l’entrée de l’exposition L’art en guerre, France 1938-1947, cette sombre installation plante d’emblée le décor des drames à venir, à commencer par l’arrestation de plusieurs des exposants de l’expo de 38. Les autres tenteront de s’exiler, sans que ce soit toujours possible, tels Ernst et Bellmer envoyés au camp d’internement des Milles. Mais dans les camps, malgré les conditions misérables et les privations, les artistes continuent de créer. Des œuvres de désespoir, (Prisonnier, 1940, Félix Nussbaum) et de survie, confectionnées avec des bouts de ficelle, du papier d’emballage, plus rarement sur toile comme le portrait que Bellmer fait d’Ernst à cette époque. Pour certains artistes comme Charlotte Salomon, Otto Freundlich, Félix Nussbaum ou France Hamelin, ce sont les dernières œuvres avant une déportation sans retour.
L’Occupation nazie et l’instauration du régime de Vichy condamnent les artistes à s’adapter aux nouvelles réalités de ces années noires. Matisse, Bonnard et Rouault sont partis dans le Sud, loin de Paris, des bottes et de la censure des nazis. Vieira da Silva et Arpad Szenes se sont enfuis au Brésil. Traqué par le recensement des juifs, Soutine s’est réfugié à Tours. Arp, Hausmann, Magnelli, Steib ou Taeuber sont entrés dans la clandestinité, notamment à Marseille où Varian Fry, de l’Emergency Rescue Committee américain a pour mission d’aider des artistes et des intellectuels à sortir de France. Les surréalistes Brauner, Breton, Delanglade, Hérold, Lam, Masson, Ernst et Jacqueline Lamba s’y retrouvent un moment. Pour tuer le temps, ils dessinent un Jeu de Marseille (jeu de 21 cartes, style Tarot). Si Chagall, Dalí, Duchamp, Léger, Lipchitz, Mondrian, Zadkine ou Kisling réussissent à embarquer, beaucoup comme Wols et Brauner restent sur le quai. D’autres ont renoncé à partir, comme Picasso qui continue à travailler à Paris. Créer est pour lui un acte de résistance. S’il ne peint pas la guerre, sa palette s’est faite plus sombre et les chefs d’œuvre pleuvent : L’Aubade, le Grand nu, les Têtes de mort, les dessins érotiques, Tête de taureau.
En mai 1941, la galerie Braun, 18 rue Louis-Le-Grand, réunit une vingtaine de jeunes peintres comme Bazaine, Pignon, Lapicque ou Manessier qui se revendiquent de la « tradition française ». Pour autant, leurs œuvres, souvent réalisées avant guerre, tranchent par leur modernité, leur tendance à l’abstraction (Nature morte au moulin à café, 1939, d’Edouard Pignon) sur toutes les peintures académiques présentées dans les autres manifestations parisiennes. L’exposition au musée d’Art moderne en août 1942 est plus complexe. Elle se veut une vitrine de la création française « conforme », expurgée de Picasso, des artistes étrangers, surréalistes et abstraits. On y retrouve Maillol, Marie Laurencin, Bonnard, Delaunay, Braque, Gromaire, mais aussi Derain, Vlaminck et Kees van Dongen, tous trois d’anciens Fauves, mais qui ont fait le voyage en Allemagne en 1941. Avait-on promis aux artistes français contactés que, s’ils répondaient positivement, ils faciliteraient la libération de prisonniers ? Le bruit en a circulé. Maurice Denis n’en a pas moins décliné l’invitation ainsi que Bonnard et Matisse, également pressentis, ayant compris le rôle que les nazis risquaient de leur faire jouer. Dans cette exposition de 1942, de grands maîtres de l’art indépendant furent aussi instrumentalisés, conscients ou pas. Véritable résistante, audacieuse et courageuse, Jeanne Bucher est l’une des rares exceptions à présenter, dans sa galerie du boulevard Montparnasse (sans publicité), des pièces d’artistes jugés « dégénérés » par la propagande totalitaire en Allemagne mais aussi en France : Klee, Domela, Kandinsky, De Staël. Dans le même temps, Jean Fautrier met son atelier à disposition d’amis actifs dans la Résistance comme point de rencontre. L’art sert aussi de couverture à Jean Moulin (1) qui ouvre la galerie Romanin à Nice en 1942 ; il y expose ses dessins, mais aussi des œuvres de Bonnard, De Chirico, Matisse, Picasso, Rouault… Jusqu’à son arrestation. Moment de liesse, la Libération voit le retour au grand jour pour certains, les blâmes pour d’autres, une délivrance pour l’art qui va pouvoir enfin afficher la modernité, ne plus hésiter à choquer ouvertement comme Dubuffet avec son exposition « d’art brut » en mai 1946, libérer les formes et la matière de "l’hygiénisme", comme une réponse à la violence faite aux corps et aux esprits depuis des années.

Catherine Rigollet

Visuel page expo : Victor Brauner, Souffrance, souffrance, 1941. Huile sur toile. Musée d’Art moderne de la Ville de Paris © Musée d’Art Moderne / Roger – Viollet © ADAGP, Paris 2012.

- (1) À l’occasion du 70e anniversaire de la disparition de Jean Moulin, une exposition présentera des dessins et tableaux au Musée du Gal Leclerc de Hauteclocque et de la libération de Paris / Musée Jean Moulin. Du 18 avril au 29 décembre 2013.